Yogasūtra & Sāṃkhya #1 | La mānḍūkya upaniṣad

J’ai constamment donné l’enseignement de yoga, ces dernières années. La pratique corporelle si célèbre et méconnue, l’assise en silence nommée méditation et une transmission orale de la philosophie qui soutient l’ensemble. Cette philosophie est un regard singulier et vrai porté sur le Monde, une façon de bien nommer les choses afin de bien être en relation à elles.

Yoga est discernement et voir ! Il est se joindre à dharma, la cohérence qui soutient le Monde, yoga est simplement et pleinement être, enfin ! Il y a un chemin d'apprentissage aux voies multiples alors que le but est unique. Le sanskrit a posé l’idée d’une langue réservée à l’usage rituel et à sa transmission. L’écrit a suivi 1 500 ans avant le début de notre ère, conservant le désir de transmettre les rituels magiques aux générations futures. Le sanskrit n’a tout d’abord pas produit de textes mais des aide-mémoires à la transmission orale afin de ne rien oublier et de structurer la pensée.

Structure, mémoire, discernement, dans le but de cultiver le sens de l’écoute, la connaissance du subtil qui met parfois le cœur en joie alors que la relation est vraie. Les yogasūtra et sāṃkhya sont deux des plus importants aide-mémoires conçus au début de notre ère, ils ouvrent une perspective sur l’ensemble de la tradition que le sanskrit nomme sanātana-dharma, éternelle-cohérence.

Enregistrements | 20 cours à paraître

Je veux remercier Eve Delfiner pour son soutien et son travail lors de l’enregistrement sonore des enseignements. L’enseignement se donne à une personne qui par sa présence permet l’émergence d’une couleur particulière. Ainsi la parole s'adapte et devient unique. Eve enseigne depuis plus de quinze ans, elle connaît le fil des pratiques et du texte, elle est attentive à la cohérence du propos. 

Nous proposons une première lecture du yogasūtra à la lumière des sāṃkhya et d’upaniṣad anciennes. Une lecture rapide qui a pour but de ne pas perdre le fil (sūtra) et de bien en voir les articulations, les sutures (sūtra). Concrètement il y a 20 séances enregistrées qui ouvrent les grands thèmes de yoga et nous font circuler dans 3 500 ans de transmission.

Je répète cette lecture en public depuis plusieurs années et suis heureux qu’elle soit déposée sous une forme simple et directe. Soulagé de ne pas avoir à répéter ad vitam æternam ce qui a déjà été entendu et heureux de poursuivre l’aventure de l’enseignement dans d’autres plans !

En pratique

Nous lisons à partir du sanskrit et de la traduction d’Alyette Degrâces : Les Yogasūtra - Fayard 2004 qu’il est nécessaire d’avoir sous les yeux pour bien suivre. Dans chacun des 194 sūtra, plusieurs mots clé du sanskrit sont déployés afin d'intégrer les notions souvent intraduisibles en français. Il s’agit de bien voir la réalité évoquée par l’enseignement. 

Une deuxième lecture, approfondie et surtout davantage en relation à sa propre expérience de la vie a lieu lors de sessions en petit groupe en ligne et lors des stages en résidentiel. N’oubliez pas que la retraite solitaire et le pèlerinage sont les pratique universelles des humains qui souhaitent la relation véritable au Monde ! 

Pour participer aux sessions de lecture en individuel comme en groupe, écrivez ou appelez moi, il est essentiel de se parler quelques minutes au téléphone. De petits groupes de travail prennent forme tout au long de l'année. 

Joachim 06 09 02 59 48
joachim.vallet@gmail.com 

Yogasūtra & sāṃkhya #1
La mānḍūkya upaniṣad

La Māṇḍūkya upaniṣad est la plus récente des upanishad anciennes, elle est aussi la plus succincte avec ses 12 versets. Elle clôt 1500 ans d’enseignement védique et en serait la quintessence. Une image de la condition humaine y est donnée comme l’oscillation entre deux états, de veille et de rêve … et un troisième état, purement connaissant, inaccessible à l’intellect … et un quatrième dont rien ne saurait être dit … le mystère apparaît … silence … absolue Parole … bráhman !

La Māṇḍūkya upaniṣad a été en son temps, juste avant le début de notre ère, l'ultime enseignement, l'ultime véda … le veda-anta. Une page de l'Histoire se tournait et le sous-continent Indien passait lentement de l'Antiquité à l'époque médiévale. Les royaumes s’agrandissaient, la parole s'y adaptait et le verbe yôgh’ devenait important pour deux mille ans et peut-être plus…



Māṇḍūkya upaniṣad
Traduction : Alyette Degrâces Les upaniṣad - Fayard 2014

Oṃ ! O dieux, puissions-nous entendre
ce qui est bénéfique avec nos oreilles ;

puissions-nous, alors que nous sacrifions,
voir ce qui est bénéfique avec nos yeux ;

et célébrant avec des membres et des corps fermes
puissions-nous bénéficier de la vie établie par les dieux.

Qu'Indra à la grande gloire nous accorde la prospérité,
que Pūṣan le tout-connaissant nous accorde la prospérité,
que Tārkṣya (Garuda) au chemin dégagé nous accorde la prospérité,
que Bṛhaspati nous accorde la prospérité.
Oṃ ! śānti ! śānti ! śānti !
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Māṇḍūkya Upaniṣad

ओम् । ओमित्येतदक्षरमिदं सर्वं तस्योपव्याख्यानं भूतं भवद्भविष्यदिति सर्वमोङ्कार एव | यच्चान्यत्त्रिकालातीतं तदप्योङ्कार एव ॥ १ ॥
omityetadakṣaramidaṃ sarvaṃ tasyopavyākhyānaṃ bhūtaṃ bhavadbhaviṣyaditi sarvamoṅkāra eva | yaccānyattrikālātītaṃ tadapyoṅkāra eva || 1 ||

1. Ce Tout est la syllabe Oṃ. En voici l'explication : ce qui fut, ce qui est, ce qui sera  –  ce Tout n'est que la syllabe  Oṃ. Et ce qui est autre, qui est au-delà  des trois temps, cela aussi est la syllabe  Oṃ.

सर्वं ह्येतद् ब्रह्मायमात्मा ब्रह्म सोऽयमात्मा चतुष्पात् ॥ २ ॥
sarvaṃ hyetad brahmāyamātmā brahma so 'yamātmā catuṣpāt || 2 ||

2. Car le  brahman est ce Tout. Le brahman est cet ātman, et cet ātman a quatre quarts.

जागरितस्थानो बहिष्प्रज्ञः सप्ताङ्ग एकोनविंशतिमुखः स्थूलभुग्वैश्वानरः प्रथमः पादः ॥ ३ ॥
Jāgaritasthāno bahiṣprajñaḥ saptāṅga ekonaviṃśatimukhaḥ sthūlabhugvaiśvānaraḥ prathamaḥ pādaḥ || 3 ||

3. L'état de veille, connaissant ce qui est extérieur, ayant sept membres, dix-neuf bouches, faisant l'expérience du grossier, est  Vaiśvānara « l'universel »  –  le premier quart.

स्वप्नस्थानोऽन्तः प्रज्ञाः सप्ताङ्ग एकोनविंशतिमुखः प्रविविक्तभुक्तैजसो द्वितीयः पादः ॥ ४ ॥
svapnasthāno'ntaḥ prajñāḥ saptāṅga ekonaviṃśatimukhaḥ praviviktabhuktaijaso dvitīyaḥ pādaḥ || 4 ||

4. L'état de rêve, connaissant ce qui est intérieur, ayant sept membres, dix-neuf bouches, faisant l'expérience du subtil, est Taijasa « le lumineux » – deuxième quart.

यत्र सुप्तो न कञ्चन कामं कामयते न कञ्चन स्वप्नं पश्यति तत्सुषुप्तम् । सुषुप्तस्थान एकीभूतः प्रज्ञानघन एवाऽऽनन्दमयो ह्यानन्दभुक् चेतोमुखः प्राज्ञस्तृतीयः पादः ॥ ५ ॥
yatra supto na kañcana kāmaṃ kāmayate na kañcana svapnaṃ paśyati tatsuṣuptam | suṣuptasthāna ekībhūtaḥ prajñānaghana evā''nandamayo hyānandabhuk cetomukhaḥ prājñastṛtīyaḥ pādaḥ || 5 ||

5. Lorsque, endormi, on ne désire aucun désir, on ne voit aucun rêve, c'est le sommeil profond. L'état de sommeil profond est un, il est un seul bloc de connaissance car, fait de félicité, il fait l'expérience de la félicité. Il est la bouche de la conscience, il est le connaissant (prājña) – troisième quart.

एष सर्वेश्वरः एष सर्वज्ञ एषोऽन्तर्याम्येष योनिः सर्वस्य प्रभवाप्ययौ हि भूतानाम् ॥ ६ ॥
eṣa sarveśvaraḥ eṣa sarvajña eṣo'ntaryāmyeṣa yoniḥ sarvasya prabhavāpyayau hi bhūtānām || 6 ||

6. C'est lui le Seigneur de tout, lui le connaisseur de tout, lui le maître intérieur ; il est la matrice de tout, car l'origine et la fin des êtres.

नान्तःप्रज्ञं न बहिःप्रज्ञं नोभयतःप्रज्ञं न प्रज्ञानघनं न प्रज्ञं नाप्रज्ञम् | अदृश्यमव्यवहार्यमग्राह्यमलक्षणमचिन्त्यमव्यपदेश्यमेकात्मप्रत्ययसारं प्रपञ्चोपशमं शान्तं शिवमद्वैतं चतुर्थं मन्यन्ते स आत्मा स विज्ञेयः || 7 ||
nāntaḥprajñaṃ na bahiḥprajñaṃ nobhayataḥprajñaṃ na prajñānaghanaṃ na prajñaṃ nāprajñam | adṛśyamavyavahāryamagrāhyamalakṣaṇamacintyamavyapadeśyamekātmapratyayasāraṃ prapañcopaśamaṃ śāntaṃ śivamadvaitaṃ caturthaṃ manyante sa ātmā sa vijñeyaḥ || 7 ||

7. Ni connaissant ce qui est intérieur, ni connaissant ce qui est extérieur, ni connaissant l'un et l'autre ensemble, ni bloc de connaissance, ni connaissant ni non-connaissant, ni visible, ni lié à l'action, insaisissable, indéfinissable, impensable, innommable, essence de la connaissance d'ātman unique, ce en quoi le monde se résorbe, tout de paix, bienveillant, non duel – on le considère comme le Quatrième. C'est lui ātman qu'il faut discerner.

सोऽयमात्माध्यक्षरमोङ्कारोऽधिमात्रं पादा मात्रा मात्राश्च पादा अकार उकारो मकार इति ॥ ८ ॥
so'yamātmādhyakṣaramoṅkāro'dhimātraṃ pādā mātrā mātrāśca pādā akāra ukāro makāra iti || 8 ||

8. Ce même ātman quant à la syllabe, est le son Oṃ. Quant à ses mesures (mātra), les mesures sont les quarts (pāda) et les quarts sont les mesures : le son A, le son U, le son M.

जागरितस्थानो वैश्वानरोऽकारः प्रथमा मात्राऽऽप्तेरादिमत्त्वाद्वाप्नोति ह वै सर्वान्कामानादिश्च भवति य एवं वेद ॥ ९ ॥
jāgaritasthāno vaiśvānaro'kāraḥ prathamā mātrā''pterādimattvādvāpnoti ha vai sarvāṅkāmānādiśca bhavati ya evaṃ veda || 9 ||

9. L'état de veille, l'universel, Vaisvānara, est le son A, la première mesure en raison de l'obtention (āpti) et de la primauté (ādimattva). Il obtient en vérité tous les désirs, il devient le premier, celui qui sait ainsi.

स्वप्नस्थानस्तैजस उकारो द्वितीया मात्रोत्कर्षादुभयत्वाद्वोत्कर्षति ह वै ज्ञानसन्ततिं समानश्च भवति नास्याब्रह्मवित्कुले भवति य एवं वेद ॥ १० ॥
svapnasthānastaijasa ukāro dvitīyā mātrotkarṣādubhayatvādvotkarṣati ha vai jñānasantatiṃ samānaśca bhavati nāsyābrahmavitkule bhavati ya evaṃ veda || 10 ||

10. L'état de rêve, le lumineux, Taijasa, est le son U, la deuxième mesure en raison de son élévation (utkarṣa) et de son ambivalence (ubhayatva). Il élève en vérité une continuité de connaissance, il devient égal, celui qui sait ainsi. Il n'y a pas d'ignorant du brahman dans sa famille.

सुषुप्तस्थानः प्राज्ञो मकारस्तृतीया मात्रा मितेरपीतेर्वा मिनोति ह वा इदं सर्वमपीतिश्च भवति य एवं वेद ॥ ११ ॥
suṣuptasthānaḥ prājño makārastṛtīyā mātrā miterapītervā minoti ha vā idaṃ sarvamapītiśca bhavati ya evaṃ veda || 11 ||

11. L'état de sommeil profond, le connaissant, Prājña, est le son M, la troisième mesure en raison de sa construction (miti) et de sa résorption (apῑti). Il construit en vérité ce Tout et en devient la résorption, celui qui sait ainsi.

अमात्रश्चतुर्थोऽव्यवहार्यः प्रपञ्चोपशमः शिवोऽद्वैत एवमोङ्कार आत्मैव संविशत्यात्मनाऽऽत्मानं य एवं वेद ॥ १२ ॥
amātraścaturtho'vyavahāryaḥ prapañcopaśamaḥ śivo'dvaita evamoṅkāra ātmaiva saṃviśatyātmanā''tmānaṃ ya evaṃ veda || 12 ||

12. Le Quatrième est sans mesure (amātrā). Non lié à l'acte, il est ce en quoi le monde se résorbe, il est bienveillant, non-duel. Ainsi ce Soi est le son Oṃ. Il entre par ātman dans ātman, celui qui sait ainsi.

Les upaniṣad - Alyette Degrâces - Fayard 2014

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