Transmission orale | Yogasūtra & sāṃkhya

18 conférences en ligne 

◦ Chaque dimanche de 17:00 à 19:00 à partir du 12 septembre 

◦ Une participation financière de 360 € est demandée pour l’ensemble des 18 sessions, payable éventuellement en deux fois espacées de quatre semaines. 

◦ Inscription ici par CB, indiquez votre nom et la raison de votre paiement sur le formulaire. Le paiement vaut inscription, les liens pour les conférences vous seront envoyés par mail. 

◦ Les 18 séances seront disponibles en replay tout au long de l’enseignement. Le groupe reste accessible aux nouveaux venus le temps des 6 premières séances grâce à ce replay. Un temps de question / réponse important fait partie de chaque enseignement. 

◦ Un court entretien téléphonique (06 09 02 59 49) est bienvenu pour se connaître, je réponds de mon mieux à tous les appels. 

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Ci-dessous, plusieurs entretiens enregistrés correspondent à la couleur de cet enseignement. Merci à Eve Delfiner de s’être prêtée avec soin au jeu de l’entretien. Sur ma chaîne YouTube, d’autres vidéos permettent d’initier soi même un travail et bien voir si la couleur convient. 

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Yogasūtra & sāṃkhya datent du début de notre ère, ce sont deux des six célèbres points de vue (darśana) sur la Tradition et le réel. Ces deux enseignements sont conçus comme des aides mémoires qui ouvrent sur 1500 ans de tradition plus ancienne, les premières upaniṣad et bien sûr les fameux Veda. En étudiant sérieusement les yogasūtra, ce sont ces Veda et upanisad qui sont abordés, c’est le sens de l’enseignement que de s’étendre à la traditions toute entière, y compris aux tantra qui ont été composés mille ans plus tard. 

Joachim 06 09 02 59 48
joachim.vallet@gmail.com 


Yogasūtra & sāṃkhya #1
La mānḍūkya upaniṣad

La Māṇḍūkya upaniṣad est la plus récente des upanishad anciennes, elle est aussi la plus succincte avec ses 12 versets. Elle clôt 1500 ans d’enseignement védique et en serait la quintessence. Une image de la condition humaine y est donnée comme l’oscillation entre deux états, de veille et de rêve … et un troisième état, purement connaissant, inaccessible à l’intellect … et un quatrième dont rien ne saurait être dit … le mystère apparaît … silence … absolue Parole … bráhman !

La Māṇḍūkya upaniṣad a été en son temps, juste avant le début de notre ère, l'ultime enseignement, l'ultime véda … le veda-anta. Une page de l'Histoire se tournait et le sous-continent Indien passait lentement de l'Antiquité à l'époque médiévale. Les royaumes s’agrandissaient, la parole s'y adaptait et le verbe yôgh’ devenait important pour deux mille ans et peut-être plus…



Māṇḍūkya upaniṣad
Traduction : Alyette Degrâces Les upaniṣad - Fayard 2014

Oṃ ! O dieux, puissions-nous entendre
ce qui est bénéfique avec nos oreilles ;

puissions-nous, alors que nous sacrifions,
voir ce qui est bénéfique avec nos yeux ;

et célébrant avec des membres et des corps fermes
puissions-nous bénéficier de la vie établie par les dieux.

Qu'Indra à la grande gloire nous accorde la prospérité,
que Pūṣan le tout-connaissant nous accorde la prospérité,
que Tārkṣya (Garuda) au chemin dégagé nous accorde la prospérité,
que Bṛhaspati nous accorde la prospérité.
Oṃ ! śānti ! śānti ! śānti !
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Māṇḍūkya Upaniṣad

ओम् । ओमित्येतदक्षरमिदं सर्वं तस्योपव्याख्यानं भूतं भवद्भविष्यदिति सर्वमोङ्कार एव | यच्चान्यत्त्रिकालातीतं तदप्योङ्कार एव ॥ १ ॥
omityetadakṣaramidaṃ sarvaṃ tasyopavyākhyānaṃ bhūtaṃ bhavadbhaviṣyaditi sarvamoṅkāra eva | yaccānyattrikālātītaṃ tadapyoṅkāra eva || 1 ||

1. Ce Tout est la syllabe Oṃ. En voici l'explication : ce qui fut, ce qui est, ce qui sera  –  ce Tout n'est que la syllabe  Oṃ. Et ce qui est autre, qui est au-delà  des trois temps, cela aussi est la syllabe  Oṃ.

सर्वं ह्येतद् ब्रह्मायमात्मा ब्रह्म सोऽयमात्मा चतुष्पात् ॥ २ ॥
sarvaṃ hyetad brahmāyamātmā brahma so 'yamātmā catuṣpāt || 2 ||

2. Car le  brahman est ce Tout. Le brahman est cet ātman, et cet ātman a quatre quarts.

जागरितस्थानो बहिष्प्रज्ञः सप्ताङ्ग एकोनविंशतिमुखः स्थूलभुग्वैश्वानरः प्रथमः पादः ॥ ३ ॥
Jāgaritasthāno bahiṣprajñaḥ saptāṅga ekonaviṃśatimukhaḥ sthūlabhugvaiśvānaraḥ prathamaḥ pādaḥ || 3 ||

3. L'état de veille, connaissant ce qui est extérieur, ayant sept membres, dix-neuf bouches, faisant l'expérience du grossier, est  Vaiśvānara « l'universel »  –  le premier quart.

स्वप्नस्थानोऽन्तः प्रज्ञाः सप्ताङ्ग एकोनविंशतिमुखः प्रविविक्तभुक्तैजसो द्वितीयः पादः ॥ ४ ॥
svapnasthāno'ntaḥ prajñāḥ saptāṅga ekonaviṃśatimukhaḥ praviviktabhuktaijaso dvitīyaḥ pādaḥ || 4 ||

4. L'état de rêve, connaissant ce qui est intérieur, ayant sept membres, dix-neuf bouches, faisant l'expérience du subtil, est Taijasa « le lumineux » – deuxième quart.

यत्र सुप्तो न कञ्चन कामं कामयते न कञ्चन स्वप्नं पश्यति तत्सुषुप्तम् । सुषुप्तस्थान एकीभूतः प्रज्ञानघन एवाऽऽनन्दमयो ह्यानन्दभुक् चेतोमुखः प्राज्ञस्तृतीयः पादः ॥ ५ ॥
yatra supto na kañcana kāmaṃ kāmayate na kañcana svapnaṃ paśyati tatsuṣuptam | suṣuptasthāna ekībhūtaḥ prajñānaghana evā''nandamayo hyānandabhuk cetomukhaḥ prājñastṛtīyaḥ pādaḥ || 5 ||

5. Lorsque, endormi, on ne désire aucun désir, on ne voit aucun rêve, c'est le sommeil profond. L'état de sommeil profond est un, il est un seul bloc de connaissance car, fait de félicité, il fait l'expérience de la félicité. Il est la bouche de la conscience, il est le connaissant (prājña) – troisième quart.

एष सर्वेश्वरः एष सर्वज्ञ एषोऽन्तर्याम्येष योनिः सर्वस्य प्रभवाप्ययौ हि भूतानाम् ॥ ६ ॥
eṣa sarveśvaraḥ eṣa sarvajña eṣo'ntaryāmyeṣa yoniḥ sarvasya prabhavāpyayau hi bhūtānām || 6 ||

6. C'est lui le Seigneur de tout, lui le connaisseur de tout, lui le maître intérieur ; il est la matrice de tout, car l'origine et la fin des êtres.

नान्तःप्रज्ञं न बहिःप्रज्ञं नोभयतःप्रज्ञं न प्रज्ञानघनं न प्रज्ञं नाप्रज्ञम् | अदृश्यमव्यवहार्यमग्राह्यमलक्षणमचिन्त्यमव्यपदेश्यमेकात्मप्रत्ययसारं प्रपञ्चोपशमं शान्तं शिवमद्वैतं चतुर्थं मन्यन्ते स आत्मा स विज्ञेयः || 7 ||
nāntaḥprajñaṃ na bahiḥprajñaṃ nobhayataḥprajñaṃ na prajñānaghanaṃ na prajñaṃ nāprajñam | adṛśyamavyavahāryamagrāhyamalakṣaṇamacintyamavyapadeśyamekātmapratyayasāraṃ prapañcopaśamaṃ śāntaṃ śivamadvaitaṃ caturthaṃ manyante sa ātmā sa vijñeyaḥ || 7 ||

7. Ni connaissant ce qui est intérieur, ni connaissant ce qui est extérieur, ni connaissant l'un et l'autre ensemble, ni bloc de connaissance, ni connaissant ni non-connaissant, ni visible, ni lié à l'action, insaisissable, indéfinissable, impensable, innommable, essence de la connaissance d'ātman unique, ce en quoi le monde se résorbe, tout de paix, bienveillant, non duel – on le considère comme le Quatrième. C'est lui ātman qu'il faut discerner.

सोऽयमात्माध्यक्षरमोङ्कारोऽधिमात्रं पादा मात्रा मात्राश्च पादा अकार उकारो मकार इति ॥ ८ ॥
so'yamātmādhyakṣaramoṅkāro'dhimātraṃ pādā mātrā mātrāśca pādā akāra ukāro makāra iti || 8 ||

8. Ce même ātman quant à la syllabe, est le son Oṃ. Quant à ses mesures (mātra), les mesures sont les quarts (pāda) et les quarts sont les mesures : le son A, le son U, le son M.

जागरितस्थानो वैश्वानरोऽकारः प्रथमा मात्राऽऽप्तेरादिमत्त्वाद्वाप्नोति ह वै सर्वान्कामानादिश्च भवति य एवं वेद ॥ ९ ॥
jāgaritasthāno vaiśvānaro'kāraḥ prathamā mātrā''pterādimattvādvāpnoti ha vai sarvāṅkāmānādiśca bhavati ya evaṃ veda || 9 ||

9. L'état de veille, l'universel, Vaisvānara, est le son A, la première mesure en raison de l'obtention (āpti) et de la primauté (ādimattva). Il obtient en vérité tous les désirs, il devient le premier, celui qui sait ainsi.

स्वप्नस्थानस्तैजस उकारो द्वितीया मात्रोत्कर्षादुभयत्वाद्वोत्कर्षति ह वै ज्ञानसन्ततिं समानश्च भवति नास्याब्रह्मवित्कुले भवति य एवं वेद ॥ १० ॥
svapnasthānastaijasa ukāro dvitīyā mātrotkarṣādubhayatvādvotkarṣati ha vai jñānasantatiṃ samānaśca bhavati nāsyābrahmavitkule bhavati ya evaṃ veda || 10 ||

10. L'état de rêve, le lumineux, Taijasa, est le son U, la deuxième mesure en raison de son élévation (utkarṣa) et de son ambivalence (ubhayatva). Il élève en vérité une continuité de connaissance, il devient égal, celui qui sait ainsi. Il n'y a pas d'ignorant du brahman dans sa famille.

सुषुप्तस्थानः प्राज्ञो मकारस्तृतीया मात्रा मितेरपीतेर्वा मिनोति ह वा इदं सर्वमपीतिश्च भवति य एवं वेद ॥ ११ ॥
suṣuptasthānaḥ prājño makārastṛtīyā mātrā miterapītervā minoti ha vā idaṃ sarvamapītiśca bhavati ya evaṃ veda || 11 ||

11. L'état de sommeil profond, le connaissant, Prājña, est le son M, la troisième mesure en raison de sa construction (miti) et de sa résorption (apῑti). Il construit en vérité ce Tout et en devient la résorption, celui qui sait ainsi.

अमात्रश्चतुर्थोऽव्यवहार्यः प्रपञ्चोपशमः शिवोऽद्वैत एवमोङ्कार आत्मैव संविशत्यात्मनाऽऽत्मानं य एवं वेद ॥ १२ ॥
amātraścaturtho'vyavahāryaḥ prapañcopaśamaḥ śivo'dvaita evamoṅkāra ātmaiva saṃviśatyātmanā''tmānaṃ ya evaṃ veda || 12 ||

12. Le Quatrième est sans mesure (amātrā). Non lié à l'acte, il est ce en quoi le monde se résorbe, il est bienveillant, non-duel. Ainsi ce Soi est le son Oṃ. Il entre par ātman dans ātman, celui qui sait ainsi.

Les upaniṣad - Alyette Degrâces - Fayard 2014


Yogasūtra & sāṃkhya #2
Les quatre premiers sūtra

Tout l’enseignement de yoga est donné sous forme condensée dans les quatre premiers sūtra du yogasūtra, ça semble incroyable mais c’est vrai. En quatre aphorismes, tout est posé mais chaque mot compte pour mille mots. Aujourd’hui tout sera dit et à la fois ce ne sera que le point de départ d’une grande aventure qui progressivement, nous engagera à reconsidérer nos relations avec la langue et notre engagement dans l’existence. 



Yogasūtra livre I : samādhi pāda

I.1 atha yogānuśāsanam
À présent l’enseignement reconnu de yoga :

I.2 yogaścittavṛttinirodhaḥ
Yoga est contrôle des cittavṛtti

I.3 tadā draṣṭuḥ svarūpe'vasthānam
En ce cas s’établit le voyant dans sa vraie nature.

I.4 vṛttisārūpyam itaratra
Autrement, c’est l’identification aux vṛtti.

Les yogasūtra - Alyette Degrâces - Fayard 2004


Yogasūtra & sāṃkhya #3
Cittavṛtti | Sūtra I.5 à 11 

Le deuxième sūtra faisait découvrir le mot composé citta-vṛtti "cycles de l'individu" et maintenant l'enseignement montre exactement ce qui est entendu par là. Nos façons d'entrer en relation à ce qui est, pour le meilleur comme pour le pire, à permettre la connaissance ou à entretenir l'i-gnose. 



I.5 vṛttayaḥ pañcatayyaḥ kliṣṭākliṣṭāḥ
De cinq sortes, les vṛtti sont douloureuses et non douloureuses :

I.6 pramāṇaviparyayavikalpanidrāsmṛtayaḥ
Pramāṇa (mesure de connaissance), viparyaya (connaissance par opposition), vikalpa (imagination), nidrā (sommeil), smṛti (mémoire).

I.7 pratyakṣānumānāgamāḥ pramāṇāni
Pratyakṣa (perception), anumāna (inférence), āgama (connaissance de la Parole) sont les pramāṇa.

I .8 viparyayo mithyājñānam atadrūpapratiṣṭham
viparyaya est une connaissance fausse qui s’appuie sur une forme qui n’est pas sienne.

I.9 śabdajñānānupātī vastuśūnyo vikalpaḥ
Ce qui suit une connaissance verbale, qui est vide de substance, c’est vikalpa.

I.10 abhāvapratyayālambanā vṛttir nidrā
La vṛtti qui a pour support un contenu d’absence, c’est nidrā.

I.11 anubhūtaviṣayāsampramoṣaḥ smṛtiḥ
Le non-enlèvement d’un objet dont on a fait l’expérience est smṛti.

Les yogasūtra - Alyette Degrâces - Fayard 2004

Enseignement
Joachim