Transmission orale | Yogasūtra & sāṃkhya

18 conférences en ligne 

◦ Chaque dimanche de 17:00 à 19:00 à partir du 12 septembre 

◦ Une participation financière de 360 € est demandée pour l’ensemble des 18 sessions, payable éventuellement en deux fois espacées de quatre semaines. 

◦ Inscription ici par CB, indiquez votre nom et la raison de votre paiement sur le formulaire. Le paiement vaut inscription, les liens pour les conférences vous seront envoyés par mail. 

◦ Les 18 séances seront disponibles en replay tout au long de l’enseignement. Le groupe reste accessible aux nouveaux venus le temps des 6 premières séances grâce à ce replay. Un temps de question / réponse important fait partie de chaque enseignement. 

◦ Un court entretien téléphonique (06 09 02 59 49) est bienvenu pour se connaître, je réponds de mon mieux à tous les appels. 

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Ci-dessous, plusieurs entretiens enregistrés correspondent à la couleur de cet enseignement. Merci à Eve Delfiner de s’être prêtée avec soin au jeu de l’entretien. Sur ma chaîne YouTube, d’autres vidéos permettent d’initier soi même un travail et bien voir si la couleur convient. 

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Yogasūtra & sāṃkhya datent du début de notre ère, ce sont deux des six célèbres points de vue (darśana) sur la Tradition et le réel. Ces deux enseignements sont conçus comme des aides mémoires qui ouvrent sur 1500 ans de tradition plus ancienne, les premières upaniṣad et bien sûr les fameux Veda. En étudiant sérieusement les yogasūtra, ce sont ces Veda et upanisad qui sont abordés, c’est le sens de l’enseignement que de s’étendre à la traditions toute entière, y compris aux tantra qui ont été composés mille ans plus tard. 

Joachim 06 09 02 59 48
joachim.vallet@gmail.com 


Yogasūtra & sāṃkhya #1
La mānḍūkya upaniṣad

La Māṇḍūkya upaniṣad est la plus récente des upanishad anciennes, elle est aussi la plus succincte avec ses 12 versets. Elle clôt 1500 ans d’enseignement védique et en serait la quintessence. Une image de la condition humaine y est donnée comme l’oscillation entre deux états, de veille et de rêve … et un troisième état, purement connaissant, inaccessible à l’intellect … et un quatrième dont rien ne saurait être dit … le mystère apparaît … silence … absolue Parole … bráhman !

La Māṇḍūkya upaniṣad a été en son temps, juste avant le début de notre ère, l'ultime enseignement, l'ultime véda … le veda-anta. Une page de l'Histoire se tournait et le sous-continent Indien passait lentement de l'Antiquité à l'époque médiévale. Les royaumes s’agrandissaient, la parole s'y adaptait et le verbe yôgh’ devenait important pour deux mille ans et peut-être plus…



Māṇḍūkya upaniṣad
Traduction : Alyette Degrâces Les upaniṣad - Fayard 2014

Oṃ ! O dieux, puissions-nous entendre
ce qui est bénéfique avec nos oreilles ;

puissions-nous, alors que nous sacrifions,
voir ce qui est bénéfique avec nos yeux ;

et célébrant avec des membres et des corps fermes
puissions-nous bénéficier de la vie établie par les dieux.

Qu'Indra à la grande gloire nous accorde la prospérité,
que Pūṣan le tout-connaissant nous accorde la prospérité,
que Tārkṣya (Garuda) au chemin dégagé nous accorde la prospérité,
que Bṛhaspati nous accorde la prospérité.
Oṃ ! śānti ! śānti ! śānti !
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Māṇḍūkya Upaniṣad

ओम् । ओमित्येतदक्षरमिदं सर्वं तस्योपव्याख्यानं भूतं भवद्भविष्यदिति सर्वमोङ्कार एव | यच्चान्यत्त्रिकालातीतं तदप्योङ्कार एव ॥ १ ॥
omityetadakṣaramidaṃ sarvaṃ tasyopavyākhyānaṃ bhūtaṃ bhavadbhaviṣyaditi sarvamoṅkāra eva | yaccānyattrikālātītaṃ tadapyoṅkāra eva || 1 ||

1. Ce Tout est la syllabe Oṃ. En voici l'explication : ce qui fut, ce qui est, ce qui sera  –  ce Tout n'est que la syllabe  Oṃ. Et ce qui est autre, qui est au-delà  des trois temps, cela aussi est la syllabe  Oṃ.

सर्वं ह्येतद् ब्रह्मायमात्मा ब्रह्म सोऽयमात्मा चतुष्पात् ॥ २ ॥
sarvaṃ hyetad brahmāyamātmā brahma so 'yamātmā catuṣpāt || 2 ||

2. Car le  brahman est ce Tout. Le brahman est cet ātman, et cet ātman a quatre quarts.

जागरितस्थानो बहिष्प्रज्ञः सप्ताङ्ग एकोनविंशतिमुखः स्थूलभुग्वैश्वानरः प्रथमः पादः ॥ ३ ॥
Jāgaritasthāno bahiṣprajñaḥ saptāṅga ekonaviṃśatimukhaḥ sthūlabhugvaiśvānaraḥ prathamaḥ pādaḥ || 3 ||

3. L'état de veille, connaissant ce qui est extérieur, ayant sept membres, dix-neuf bouches, faisant l'expérience du grossier, est  Vaiśvānara « l'universel »  –  le premier quart.

स्वप्नस्थानोऽन्तः प्रज्ञाः सप्ताङ्ग एकोनविंशतिमुखः प्रविविक्तभुक्तैजसो द्वितीयः पादः ॥ ४ ॥
svapnasthāno'ntaḥ prajñāḥ saptāṅga ekonaviṃśatimukhaḥ praviviktabhuktaijaso dvitīyaḥ pādaḥ || 4 ||

4. L'état de rêve, connaissant ce qui est intérieur, ayant sept membres, dix-neuf bouches, faisant l'expérience du subtil, est Taijasa « le lumineux » – deuxième quart.

यत्र सुप्तो न कञ्चन कामं कामयते न कञ्चन स्वप्नं पश्यति तत्सुषुप्तम् । सुषुप्तस्थान एकीभूतः प्रज्ञानघन एवाऽऽनन्दमयो ह्यानन्दभुक् चेतोमुखः प्राज्ञस्तृतीयः पादः ॥ ५ ॥
yatra supto na kañcana kāmaṃ kāmayate na kañcana svapnaṃ paśyati tatsuṣuptam | suṣuptasthāna ekībhūtaḥ prajñānaghana evā''nandamayo hyānandabhuk cetomukhaḥ prājñastṛtīyaḥ pādaḥ || 5 ||

5. Lorsque, endormi, on ne désire aucun désir, on ne voit aucun rêve, c'est le sommeil profond. L'état de sommeil profond est un, il est un seul bloc de connaissance car, fait de félicité, il fait l'expérience de la félicité. Il est la bouche de la conscience, il est le connaissant (prājña) – troisième quart.

एष सर्वेश्वरः एष सर्वज्ञ एषोऽन्तर्याम्येष योनिः सर्वस्य प्रभवाप्ययौ हि भूतानाम् ॥ ६ ॥
eṣa sarveśvaraḥ eṣa sarvajña eṣo'ntaryāmyeṣa yoniḥ sarvasya prabhavāpyayau hi bhūtānām || 6 ||

6. C'est lui le Seigneur de tout, lui le connaisseur de tout, lui le maître intérieur ; il est la matrice de tout, car l'origine et la fin des êtres.

नान्तःप्रज्ञं न बहिःप्रज्ञं नोभयतःप्रज्ञं न प्रज्ञानघनं न प्रज्ञं नाप्रज्ञम् | अदृश्यमव्यवहार्यमग्राह्यमलक्षणमचिन्त्यमव्यपदेश्यमेकात्मप्रत्ययसारं प्रपञ्चोपशमं शान्तं शिवमद्वैतं चतुर्थं मन्यन्ते स आत्मा स विज्ञेयः || 7 ||
nāntaḥprajñaṃ na bahiḥprajñaṃ nobhayataḥprajñaṃ na prajñānaghanaṃ na prajñaṃ nāprajñam | adṛśyamavyavahāryamagrāhyamalakṣaṇamacintyamavyapadeśyamekātmapratyayasāraṃ prapañcopaśamaṃ śāntaṃ śivamadvaitaṃ caturthaṃ manyante sa ātmā sa vijñeyaḥ || 7 ||

7. Ni connaissant ce qui est intérieur, ni connaissant ce qui est extérieur, ni connaissant l'un et l'autre ensemble, ni bloc de connaissance, ni connaissant ni non-connaissant, ni visible, ni lié à l'action, insaisissable, indéfinissable, impensable, innommable, essence de la connaissance d'ātman unique, ce en quoi le monde se résorbe, tout de paix, bienveillant, non duel – on le considère comme le Quatrième. C'est lui ātman qu'il faut discerner.

सोऽयमात्माध्यक्षरमोङ्कारोऽधिमात्रं पादा मात्रा मात्राश्च पादा अकार उकारो मकार इति ॥ ८ ॥
so'yamātmādhyakṣaramoṅkāro'dhimātraṃ pādā mātrā mātrāśca pādā akāra ukāro makāra iti || 8 ||

8. Ce même ātman quant à la syllabe, est le son Oṃ. Quant à ses mesures (mātra), les mesures sont les quarts (pāda) et les quarts sont les mesures : le son A, le son U, le son M.

जागरितस्थानो वैश्वानरोऽकारः प्रथमा मात्राऽऽप्तेरादिमत्त्वाद्वाप्नोति ह वै सर्वान्कामानादिश्च भवति य एवं वेद ॥ ९ ॥
jāgaritasthāno vaiśvānaro'kāraḥ prathamā mātrā''pterādimattvādvāpnoti ha vai sarvāṅkāmānādiśca bhavati ya evaṃ veda || 9 ||

9. L'état de veille, l'universel, Vaisvānara, est le son A, la première mesure en raison de l'obtention (āpti) et de la primauté (ādimattva). Il obtient en vérité tous les désirs, il devient le premier, celui qui sait ainsi.

स्वप्नस्थानस्तैजस उकारो द्वितीया मात्रोत्कर्षादुभयत्वाद्वोत्कर्षति ह वै ज्ञानसन्ततिं समानश्च भवति नास्याब्रह्मवित्कुले भवति य एवं वेद ॥ १० ॥
svapnasthānastaijasa ukāro dvitīyā mātrotkarṣādubhayatvādvotkarṣati ha vai jñānasantatiṃ samānaśca bhavati nāsyābrahmavitkule bhavati ya evaṃ veda || 10 ||

10. L'état de rêve, le lumineux, Taijasa, est le son U, la deuxième mesure en raison de son élévation (utkarṣa) et de son ambivalence (ubhayatva). Il élève en vérité une continuité de connaissance, il devient égal, celui qui sait ainsi. Il n'y a pas d'ignorant du brahman dans sa famille.

सुषुप्तस्थानः प्राज्ञो मकारस्तृतीया मात्रा मितेरपीतेर्वा मिनोति ह वा इदं सर्वमपीतिश्च भवति य एवं वेद ॥ ११ ॥
suṣuptasthānaḥ prājño makārastṛtīyā mātrā miterapītervā minoti ha vā idaṃ sarvamapītiśca bhavati ya evaṃ veda || 11 ||

11. L'état de sommeil profond, le connaissant, Prājña, est le son M, la troisième mesure en raison de sa construction (miti) et de sa résorption (apῑti). Il construit en vérité ce Tout et en devient la résorption, celui qui sait ainsi.

अमात्रश्चतुर्थोऽव्यवहार्यः प्रपञ्चोपशमः शिवोऽद्वैत एवमोङ्कार आत्मैव संविशत्यात्मनाऽऽत्मानं य एवं वेद ॥ १२ ॥
amātraścaturtho'vyavahāryaḥ prapañcopaśamaḥ śivo'dvaita evamoṅkāra ātmaiva saṃviśatyātmanā''tmānaṃ ya evaṃ veda || 12 ||

12. Le Quatrième est sans mesure (amātrā). Non lié à l'acte, il est ce en quoi le monde se résorbe, il est bienveillant, non-duel. Ainsi ce Soi est le son Oṃ. Il entre par ātman dans ātman, celui qui sait ainsi.

Les upaniṣad - Alyette Degrâces - Fayard 2014


Yogasūtra & sāṃkhya #2
Les quatre premiers sūtra

Tout l’enseignement de yoga est donné sous forme condensée dans les quatre premiers sūtra du yogasūtra, ça semble incroyable mais c’est vrai. En quatre aphorismes, tout est posé mais chaque mot compte pour mille mots. Aujourd’hui tout sera dit et à la fois ce ne sera que le point de départ d’une grande aventure qui progressivement, nous engagera à reconsidérer nos relations avec la langue et notre engagement dans l’existence. 



Yogasūtra livre I : samādhi pāda

I.1 atha yogānuśāsanam
À présent l’enseignement reconnu de yoga :

I.2 yogaścittavṛttinirodhaḥ
Yoga est contrôle des cittavṛtti

I.3 tadā draṣṭuḥ svarūpe'vasthānam
En ce cas s’établit le voyant dans sa vraie nature.

I.4 vṛttisārūpyam itaratra
Autrement, c’est l’identification aux vṛtti.

Les yogasūtra - Alyette Degrâces - Fayard 2004


Yogasūtra & sāṃkhya #3
Cittavṛtti | Sūtra I.5 à 11 

Le deuxième sūtra faisait découvrir le mot composé citta-vṛtti "cycles de l'individu" et maintenant l'enseignement montre exactement ce qui est entendu par là. Nos façons d'entrer en relation à ce qui est, pour le meilleur comme pour le pire, à permettre la connaissance ou à entretenir l'i-gnose. 



I.5 vṛttayaḥ pañcatayyaḥ kliṣṭākliṣṭāḥ
De cinq sortes, les vṛtti sont douloureuses et non douloureuses :

I.6 pramāṇaviparyayavikalpanidrāsmṛtayaḥ
Pramāṇa (mesure de connaissance), viparyaya (connaissance par opposition), vikalpa (imagination), nidrā (sommeil), smṛti (mémoire).

I.7 pratyakṣānumānāgamāḥ pramāṇāni
Pratyakṣa (perception), anumāna (inférence), āgama (connaissance de la Parole) sont les pramāṇa.

I .8 viparyayo mithyājñānam atadrūpapratiṣṭham
viparyaya est une connaissance fausse qui s’appuie sur une forme qui n’est pas sienne.

I.9 śabdajñānānupātī vastuśūnyo vikalpaḥ
Ce qui suit une connaissance verbale, qui est vide de substance, c’est vikalpa.

I.10 abhāvapratyayālambanā vṛttir nidrā
La vṛtti qui a pour support un contenu d’absence, c’est nidrā.

I.11 anubhūtaviṣayāsampramoṣaḥ smṛtiḥ
Le non-enlèvement d’un objet dont on a fait l’expérience est smṛti.

Les yogasūtra - Alyette Degrâces - Fayard 2004


Yogasūtra & sāṃkhya #4
Abhyāsa & vairāgya | Sūtra I.12 à 16 

Le deuxième sūtra parlait de contrôle, et maintenant l'enseignement montre exactement ce qui est entendu par là. Dans quel état d'esprit, animé de quelle qualité de désir pratiquer, détaché du fruit attendu de l'action. 



I.12 abhyāsavairāgyābhyāṁ tannirodhaḥ
Par abhyāsa (répétition) et vairāgya (détachement), leur contrôle.

I.13 tatra sthitau yatno'bhyāsaḥ
Des deux, l’effort pour la stabilité est abhyāsa.

I.14 sa tu dīrghakālanairantaryasatkārāsevito dṛḍhabhūmi
Mais celle-ci n’est une terre ferme que servie longtemps, sans interruption et avec un soin respectueux.

I.15 dṛṣṭānuśravikaviṣayavitṛṣṇasya vaśīkārasañjñā vairāgyam
Pour qui est libre de la soif des objets vus ou entendus, vairāgya est la conscience qui impose sa loi.

I.16 tatparaṁ puruṣakhyāter guṇavaitṛṣṇyam
Le plus extrême [détachement] vient de la connaissance de Puruṣa : c’est l’état de non soif pour les guna (qualités).

Les yogasūtra - Alyette Degrâces - Fayard 2004


Yogasūtra & sāṃkhya #5
Samādhi | Sūtra I.17 à 22 

Le verbe yoga (joindre) est symétrique au mot samādhi qui indique la compréhension profonde, la relation absolue de cœur à cœur et qui fait connaissance. 



I.17 vitarkavicārānandāsmitārūpānugamātsamprajñātaḥ
Accompagné de raisonnement, de discernement, de joie et du sens du “je suis“, [samādhi] est samprajñāta

I.18 virāmapratyayābhyāsapūrvaḥ saṁskāraśeṣo'nyaḥ
Précédé de la pratique de la connaissance par cessation est l’autre [asaṃprajñāta], en qui restent les saṁskāra

I.19 bhavapratyayo videhaprakṛtilayānām
Ceux qui sont libérés du corps ou absorbés dans la prakṛti [en] ont une connaissance de naissance. 

I.20 śraddhāvīryasmṛtisamādhiprajñāpūrvaka itareṣām
Pour les autres, il est précédé de confiance, d’énergie, de mémoire, de samādhi et de prajña

I.21 tīvrasaṁvegānām āsannaḥ
Il est proche pour ceux qui ont une détermination intense ; 

I.22 mṛdumadhyādhimātratvāt tato'pi viśeṣaḥ
là aussi il existe une différenciation du fait qu’elle est douce, moyenne ou intense.

Les yogasūtra - Alyette Degrâces - Fayard 2004

Enseignement
Joachim

La question de la naissance

Un puissant point de vue des enseignements de yoga montre que tu es né au bon endroit, toujours ! Mais des forces, des tendances pourraient te faire suivre par ignorance une voie qui n'est pas tienne.

La question de la naissance et de la vie qui est créée demandent à être regardées avec attention et en respectant la nature des choses. Né par exemple dans un bourbier, il n'y a pas de destin à vivre immobile dans la boue. Peut-être y a-t-il une rizière à créer ? De l'irrigation ? Partir ailleurs sur les chemins ?

Né dans la richesse, la question de voir qui être et quoi faire n'est pas simplifiée ni complexifiée. Vivre pleinement, selon les enseignements de yoga ne consiste pas à répéter aveuglément les gestes de sa caste mais au contraire à ouvrir les yeux.

Pauvre ou riche, bien des possibles son ouverts et il n'est pas question de trouver le meilleur choix, ils sont tous bons ! Pas besoin de chercher la meilleure solution mais toutes les décisions ne se valent pas. Sous l'emprise de l'adversité, de l'imaginaire, du désir d'avoir la même vie qu'autrui, de disperser son énergie dans des directions éparses, de vouloir saisir la multitude des objets, tu te retrouverais perché nulle part, saisi d'anxiété.

Il n'est jamais trop tard ! La question n'est toujours pas de prendre la meilleur décision, la question est d'apprendre à écouter le monde, juger des rencontres et suivre le fil qui est tien, il est toujours parmi d'autres entre tes mains !

Se dégager de l'égarement est simple et agréable mais pas nécessairement dépourvu d'effort. Vraiment cela consiste à se placer en disposition d'écoute : Par abandon de l'hostilité, en s'appuyant sur la réalité, en s'appuyant sur ce qui t'es propre, en s'appuyant sur l'éthique, l'intemporelle Parole et le mode de vie qui en découle. Bref en lâchant avec fermeté tout superflu, il y a compréhension de la question de la naissance.
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YS II.35 En s’appuyant sur ahiṃsā (non-nuisance), dans sa proximité est
l’abandon de l’hostilité.

YS II.36 En s’appuyant sur satya (réalité/vérité), il y a appui de l’acte et du fruit.

YS II.37 En s’appuyant sur asteya*, l’apparition de tous les joyaux.

YS II.38 En s'appuyant sur brahmacarya**, l’obtention de l ‘énergie.

YS II.39 Par la fermeté d'aparigraha (non-saisir), il y a compréhension de la question de la naissance.

* asteya traduit par non-vol s'entend comme non-désir d'être autrui... non-désir de s'accaparer les attributs d'autrui.

** brahmacarya : "conduite selon brāhman" conduite selon la Parole émanant de l'au-delà !

Enseignement
Joachim
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Ahaṃkāra

Égo, moi ou personnalité traduit-on du Sanskrit, l'étymologie dit tout simplement "moi-faire" une allusion à ce qui fait agir, à ce qui pousse à faire comme ceci plutôt que comme cela. En Sanskrit, au lieu de parler d'un moi solide, on admet la relativité d'un comportement conditionné et la relation biaisée du moi au réel. L'être humain a une tendance à réagir aux stimuli de façon conditionnée, extérieure plutôt que d'agir dans un sens noble, en relation à l'éthique (dharma).

Ne voyez aucune condamnation ni tentative de qualifier ce comportement égotique de mauvais, au contraire ! Il est nécessaire d'avoir de bons réflexes et de savoir agir de façon adaptée à ce qui advient. La survie dépends de ces bons réflexes dont certains ont été appris par l'espèce au long des millénaires, d'autres ont été appris par soi-même au cours de la vie. La capacité à discerner ce qui peut être mangé, ce qui est dangereux ou favorable est héritée d'une grande capacité à se laisser conditionner par les aléas de la vie. Le paradoxe est vertigineux !

La vie en société est possible grâce à cette même capacité de conditionnement. Il faut bien que certains croient dur comme fer être ouvrier, militaire, marchand, employé de bureau, d'usine, contremaître et jusqu'au maître du royaume pour que la fourmilière humaine fonctionne. Sans comportement conditionné, pas de place au sein du groupe, pas de groupe, pas de confort social et certainement pas de vie humaine du tout.

Oui, l'idée de liberté en prends un coup, enfin le lieu-commun disparaît avalé par le faux et c'est pas plus mal. Reste une quête qui accepte ne pas être le fruit d'un fantasme d'isolement et de toute-puissance. Môa qui se croirait libre de toute contrainte et souffrance, absorbé dans la félicité pour toujours ; seulement libre en réalité de se faire tout trip et comic-strip.  Vouloir se barrer hors de ce triste monde duel réserve dans la durée quelque surprise pas conforme au fantasme. Chacun est toujours rattrapé par le réel ne serais-ce que dans la mort.

Désir / peur

Le conditionnement joue sur le couple d'opposés fondamental [ désir / peur ] et présente le risque de se retrouver à avoir peur des insectes, des serpents, des loups, des tigres, des allemands, des étrangers en général, de mal faire et de mal être. Bref à avoir peur de tout y compris de ses enfants, son conjoint et jusqu'à sa propre ombre.

Mais il y a aussi le désir d'absolu, de connaissance de la réalité et qui est valorisé dans les enseignements. C'est ce désir de voir qui fait l'éveil de l'écoute !

Les désirs épars, conséquence et cause d'ignorance sont sans reconnaissance de la dualité. Vouloir seulement de la nourriture sucrée et jamais amer ni salée, vouloir l'amour sans la peur, vouloir vivre une température clémente sans jamais expérimenter ni le chaud ni le froid, c'est se condamner à vivre des déceptions et à disperser son énergie vitale en tout sens.

Buddhi

Le piège de l'égo est que ce moi soit lié à l'ignorance, au fait de ne pas voir. Eh oui puisque les mémoires issues​​ de l'expérience surgissent par réflexe dans le champ mental pour dire bien ou mal, désir ou peur. Tu te retrouves à aimer / avoir peur de façon pas toujours adéquate, tel aliment tel animal, tel humain ou telle situation.

Mais attention je répète, pas d'humanité vivante sans ahaṃkāra et réflexes de survie ! Tu vois, les enseignements de yoga montrent comment s'entraîner au discernement, exercice pas des plus évident puisque ce qui est évident, c'est l'ignorance (le conditionnement) qui dispense de voir pour de bon.

La buddhi c'est l'Intelligence avec un "I" qui siège en notre cœur, elle est le fruit de l'alchimie du Divin et de la Déesse. Au cœur d'ahaṃkāra, il y a cette conscience divine qui "voit" parfaitement. Mais voilà, la buddhi est voilée par ahaṃkāra qui lui impose en premier plan des mémoires d'actes passés. Ce qui advient dans le réel est vu comme un pseudo déjà-connu sur-imposé. Que de mal-entendus en perspective, tout serpent sera vu comme celui qui a causé la perte du paradis et non pas tel qu'il est véritablement.

Saṃskāra et bīja

Nos mémoires sont "impression, fruit de l'acte" (saṃskāra) et "graine en latence de germination" (bīja) et nous (citta) sommes faits d'une infinie trame de mémoires toutes reliées, à l'image de l'infinie trame galactique ou de celle toute similaire des neurones et synapses.

Il y a les mémoires des actes passés et il y en a d'autres, héritées des actes de la généalogie, une richesse connue et une autre inconnue qui vient de zones oubliées et de bien au delà l'imaginable.

Cette mémoire de morsure de chien habituellement latente devient active lorsqu'un chien entre dans mon champ mental. Il en va de même de mon code de carte bleue et de millions d'autres qui sommeillent et se réactivent de façon conditionnées.

Ahaṃkāra est le tissage de ces scories vivantes fruits de mes actes, de mon vécu. Je suis aussi affecté par et construit autour de ce que mes ancêtres ont vécu, je suis l'héritier de leurs mémoires qui me déterminent socialement. Je suis un grand bourgeois ou un descendant de prolétaire ou de guerrier du moyen-âge. Et encore au-delà, comment expliquer cette affinité pour ce coin d'Afrique où je me suis senti comme à la maison dès le premier instant ?

Comment expliquer cette empathie pour cette victime ou ce bourreau du bout du monde avec lequel je n'ai rien en commun ?

La réponse est simple, toutes les mémoires du Monde sont reliées, tout a été vécu en relation depuis la nuit des temps. Il n'y a qu'une seule et infinie trame à l'image des neurones et synapses ou à celle des galaxies.

Moi est une conjonction, une zone géographique dans l'immensité de la trame. Les mémoires sont des sons, elles sont vibrantes... alors la matière s'agglomère en cette forme de mon corps, similaire et différent des autres parce que nous partageons bien des espaces communs et d'autres singuliers.

Qui suis-je ?

Pour voir qui je suis, il faudrait pouvoir placer une frontière qui me sépare du monde. Le souvenir de ce chien qui n'est pas moi et qui m'a mordu devrait-il être au dedans ou en dehors de moi ? Le fait est qu'il est les deux à la fois, je suis un peu lui du fait de notre aventure commune.

Vertige de la réalité !

Où placer la limite ? Comment gérer tout ce que je connais sans le savoir et que je n'ai souvent même pas vécu ? Suis-je un peu de la centrale nucléaire de Fukushima ou pas du tout ? Suis-je influencé par cela ? Où se trouve ma mémoire de cet événement ? Au dedans de moi ou ailleurs dans la trame ? Les notions d'extérieur et d'intérieur s'effacent et s'efface aussi mon petit moi et ses problèmes égocentrés, quel soulagement !

Citta

L'enseignement du sāṃkhya nomme l'être humain "citta" pour rappeler l'étincelle divine (cit) en son cœur. Il est dit que citta est ; buddhi (Intelligence d'éveil), ahaṃkāra et manas (mental), les trois en même temps !

L'alliance du divin et de la Déesse créé le Monde tel qu'il se manifeste. Au cœur de l'humain ; buddhi et l'espace tout autour. Ahaṃkāra et l'espace tout autour. Ahaṃkāra produit la matière corporelle selon une trame de mémoires sonores individuée. Ahaṃkāra produit la potentialité des cinq sens. Et ​ahaṃkāra produit manas (mental) un organe (indriya) à la fois préhensile et réceptif.

Manas (mental)

Cet enseignement du sāmkhya reste très mal connu car il faut changer profondément de paradigme pour voir ce qui est dit. Il n'y a pas de connaissance théorique de la réalité qui soit possible. Seule l'expérience est vraie mais qui voudrait lâcher sa relation conditionnée au monde ? Chacun a bien trop intérêt à amender encore sa tragi-comédie !

Manas est à la fois réceptif et préhensile, il y a une capacité à recevoir et une capacité à saisir. C'est une affaire de désir et de peur qui fait que moi est saisisseur ou à l'écoute au travers de l'organe mental (indriya).

Citta s'exprime et agit à travers l'espace grâces à ses 5 organes d'action (karma-indriya) investis par l'organe mental ; la voix, les mains, les pieds, les organes d'excrétion et les organes génitaux.

Citta désire saisir et écoute au travers de ses 5 sens​, organes de connaissance​ (jñāna-indriya) investis par le mental saisisseur ou à l'écoute.

Et pour que le tableau expérienciel soit complet, il faut ajouter la scène de théâtre sur laquelle se joue ma tragi-comédie ; l'espace mental à géométrie variable qui coïncide avec ākāśa l'espace entier !

Enseignement
Joachim
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Yab-Yum : Pleine présence et engagement

Une photo trouvée sur Facebook m'a donné envie d'apporter un de point du vue complexe sur l'espace de mémoires partagées lors de nos relations sexuelles. Lisez bien le commentaire de l'image, c'est à cela que j'ai réagi. Ça vaut le coup d'explorer pour soi-même ce principe de perméabilité dans le sexe mais aussi dans toute autre relation. C'est chouette que la question émerge sur les réseaux sociaux, elle est importante mais je préfère parler de mémoires que d'énergies, c'est plus fidèle à la structure de l'individu.

Je pense à une amie qui a vécu de prostitution de longues années, entre 25 et 32 ans. Elle a développé une capacité de transmutation des mémoires d'autrui hors du commun. Un pouvoir bien réel mais pas absolu, elle fut tout de même teintée de ses multiples relations, ça se voyait et elle le savait. Elle a travaillé à un certain équilibre, attentive à choisir ses clients et n'a jamais été dans la rue. C'est une très jolie fille plutôt réservée mais elle a mis au point un jeu de domination pour se protéger, elle est la femelle dominante et ses clients s'y plient ou vont voir ailleurs. Mais que faire du jour où un inconnu la viole ? C'est arrivé deux fois et ça lui a demandé un gros travail de transmutation selon ses mots. Elle est devenue une guerrière pour qui j'ai le plus grand respect.

Je te parle volontairement hors de ton expérience pour créer un contraste et peut-être aider à faire apparaître une image de toi à tes yeux. Nous ne sommes égaux à aucun point de vue même si nous fonctionnons tous sur les mêmes schémas humains. Difficile de voir comment nous sommes influencés par nos rencontres et difficile de ne pas glisser dans des considérations un peu trop ésotériques sur ce sujet des "énergies" que je préfère nommer mémoires.

Comment se faire une idée à partir de son intimité et de la complexité émotionnelle de ses véritables relations amoureuses ? L'expérience du massage peut être très utile pour explorer la question, sa propre façon d'être avec le phénomène, dans le cadre sécurisé d'un stage de développement personnel.

J'aime bien l'expérience du massage dans un groupe mixte en parité hommes/femmes d'une vingtaine de personnes, c'est vraiment une excellente expérience. Tu es corporellement en situation de masser et d'être massé(e), indifféremment au contact de femmes et d'hommes. Indifféremment, n'est pas le bon mot, c'est justement là que se situe l'expérience et elle est riche ! Encore augmentée des réactions et témoignages des uns et des autres, histoire de bien situer la sensibilité qui t'es propre.

Le toucher avec un(e) inconnu(e) n'est absolument pas évident pour moi de prime abord, cette réticence se doit d'abord d'être respectée car elle a ses raisons. En clair j'ai pas envie d'être en contact charnel avec 90% de l'humanité, peut-être pas envie de me "mélanger" sans retenue avec le monde et c'est bien notre sujet mais l'expérience du massage permet quelques surprises.  

Première surprise, je peux faire appel à une ressource intérieure qui me place en stabilité de présence. Ni émetteur d'intention, ni récepteur volontaire, ni absent de l'action ; une simple présence qui est à l'écoute et engagée dans l'action. Sans cette ressource, déjà cultivée dans la pratique de méditation, j'aurais été contraint de flotter en dehors de mon propre corps pour acter le massage tout en étant dégoûté de la situation dans le fond. Il y a moyen d'être présent à un niveau d'attention sans être en pleine fusion exactement selon l'expérience de méditation.

Deuxième surprise, certaines personnes passent très bien dès la première seconde, le contact est fluide, agréable et ce ne sont pas forcément celles que j'aurais imaginées. Une variante de l'exercice consiste à tirer au sort les couples masseur/massé et à garder les yeux bandés pour ne pas être soumis à ses aprioris, encore plus intéressant.

Pour le sujet des impressions et mémoires latentes, j'ai bien vu que ce qui est vécu "en présence et transparence" ne laisse pas de goût particulier alors que ce qui est vécu dans des sentiments contradictoires, incertains, un esprit flottant hors du corps, laisse un goût amer qui se réactive à chaque rappel de la mémoire.

Bien sûr la sexualité est très impliquante et c'est souhaitable ! Une pleine relation sexuelle nous engage entièrement et laisse trace, comment en serait-il autrement ? Et que dire du niveau d'implication dans le plan subtil avec celle où celui qui est aussi parent de tes enfants ? Prise de conscience abyssale, agréable où désagréable mais vraiment fondamentale.

Les choses se compliquent avec les rapports sexuels flous, mollement ou pas désirés. Le mollement désiré, le pourquoi pas qui va de pair avec une absence laisse un espace corporel vide et ouvert à tous vents. Alors que l'engagement est du plein et de la présence.

Complexité

Les rapports de domination ne sauraient être absents même de la plus équilibrée relation sexuelle. Il y a la très visible prédation masculine et ses proies féminines. Il y aurait beaucoup à dire sur les multiples jeux sous-jacents à la grosse caricature du queutard et ses victimes. Il y a aussi la femme fatale en pendant symétrique, toute aussi caricaturale et qui mériterait d'être reconnues dans sa complexité.

Pour le sujet des mémoires et de la qualité d'engagement, il y a certaines femmes, un style féminin particulier qui multiplient les relations, accroc à la séduction mais pas vraiment engagée sexuellement. Situation éminemment dangereuse qui génère le plus, en nombre de ces rapports mollement désirés et actés dans un espace corporel désinvesti.

Symétriquement chez les hommes, il y a ce queutard qui pratiquerait à répétition l'absence du corps par soucis technique de retarder l'éjaculation, une catastrophe énergétique pour les deux. Cet homme là a tendance à "envoyer" dans la relation le lieux d'où il pense et pour peu que sa partenaire soit ailleurs aussi, ça fait un bon gloubiboulga.

Enseignements

Toute l'intelligence montrée par les enseignements de yoga vaut bien sûr aussi sur le plan de la sexualité. Les sages yogis enseignent le vivant et la sexualité y est centrale ! Inutile de le répéter constamment, l'énergie vitale se déploie particulièrement par le biais du sexe mais c'est la simple énergie vitale, il n'y a pas une autre énergie qui serait sexuelle.

Ce pourquoi il n'y a pas d'enseignement techniques sur comment faire l'amour dans les traditions de yoga. Ils seraient redondants avec ceux qui expliquent techniquement comment méditer... et ils n'existent que très peu. Nous sommes vraiment condamnés à l'intelligence et c'est réjouissant.

Blague à part, les qualités d'écoute et de présence cultivées dans de bonnes pratiques de méditation sont exactement celles qui permettent... écoute et présence dans la sexualité et même écoute et présence au bureau.

Évidement attentif au monde, tu te retrouves au bon endroit et avec les bonnes personnes, que ce soit pour boire un café ou passer la nuit... passer la nuit... va savoir ce qui a lieu dans le plan subtil alors que nous dormons ensemble ? Sinon, perché hors de ton corps à planer dans des histoires trop théoriques, tu te retrouves aussi au bon endroit et avec les bonnes personnes... celles qui te donneront l'occasion de bien travailler la présence. A bon entendeur !

Yab-yum

Yab-yum est une drôle de pratique qui permet de s'aligner mutuellement. Pas si facile de bien s'asseoir, surtout pour l'homme. C'est une assise silencieuse, la colonne vertébrale verticale et les ventres en contact. Comme pour toute pratique de méditation, la question est tout simplement d'être là sans fabriquer quoi que ce soit.

Pas si facile de trouver comment ne pas aller vers l'excitation sans pour autant se barrer ailleurs. Avec un peu de pratique, tu verras que finalement, habillé ou nu importe peu. L'essentiel est d'être corporellement ensemble sans attente particulière et en présence.

Pas spécialement folichon sur le moment mais qui apprends à être ensemble pour de bon dans la durée (entre 20 mn et 1 h). Exactement la qualité d'être ensemble qui saura être retrouvée dans le coït, hors de l'excitation et dans la profondeur. Le rapport sexuel est un moment privilégié qui puisse permettre de toucher notre part divine !

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Joachim
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Éveil spirituel ?

Une grande peur suivie d'un relâchement et un effondrement a lieu en soi. Une sensation de fusion au delà de l’orgasme, encore cet effondrement de la matière tendue, magie de la sexualité sans échappée. Une grande légèreté au centre de la poitrine ressentie dans une pose ou peut-être à la fin d'une longue marche. Une assise qui se déploie dans la contemplation. Ces moments fugitifs sont corporellement ressentis et se prolongent un temps plus ou moins long après la conjonction.

J'ai rencontré ces dernières années une bonne dizaine de personnes disant avoir vécu un éveil spirituel, ce sont les mots utilisés par certains pour décrire une expérience ordinaire et rare. Des témoignages sans prétention, de s'être senti à la fois comme dissolu et pleinement présent. Avec cette sensation d'espace infini dans le cœur et la très puissante conscience d'être relié à tout, voire d'être tout !

Des personnes "normales", loin de paraître illuminées mais suffisamment intriguées par leur expérience pour rechercher des explications, interroger le phénomène vécu. En filigrane, toujours perceptible, cette déception d'être revenu à la normale et une demande plus ou moins explicite : "comment retrouver cet état merveilleux ?"

Croyance

Une belle expérience a été vécue et une croyance très commune voudrait qu'un état de bonheur permanent y succède.

Le versant populaire des grandes religions promeuvent depuis longtemps des histoires de saints, qui sembleraient vivre une extase perpétuelle à partir d'un moment paroxystique, de révélation. Des êtres aux qualités surnaturelles, qui auraient vaincu l'omniprésente souffrance. Béatitude, éveil spirituel, extase, enstase ou félicité, les qualificatifs ne manquent pas.

Dormir et s'éveiller

Cette libération définitive de la condition humaine, des conditionnements cognitifs, politiques, religieux et économiques, je ne suis pas en mesure de pouvoir en témoigner et ceux que j'ai rencontré non plus. Vivant subjectivement, le champ mental traversé de mémoires qui s'activent en fonction de ce qui advient. L'égo qui s'étend comme une trame infinie faite de ces traces dont beaucoup ne m'appartiennent même pas. Je suis un dormeur relatif dont le rêve éveillé parfois s'effondre pour laisser place à un océan sans fond, vide d'objets et riche de tous les possibles.

Il est très important de repérer en soi cet état divin qui s'exprime de façon fugitive. Il est naturel que cette porte s'entrouvre, c'est tout simplement notre véritable nature qui se révèle. Infinie et infiniment disponible, ce qui est le plus impressionnant alors que nous sommes constamment en rapport à des limites. L'expérience n'a rien de surnaturel sinon qu'elle est rare, alors que nous sommes pris sans interstice dans le flux d'une vie mondaine qui coule avec la puissance du fleuve.

Cet état entrevu est notre qualité d'être la plus profonde et vraie, c'est un merveilleux cadeau que cette expérience laisse en mémoire, la réalité de l'être. Le cœur est désormais connu, la teinte générale de la vie en est modifiée. Je sais que je ne suis pas seulement moi !

L'expérience jubilatoire de se sentir entièrement libre n'a pas besoin d'être vécue et re-vécue et encore vécue. Vouloir obtenir plus, c'est refermer la porte avec la force de l'ignorance.

Il y aura encore des accidents et de la douleur mais peut-être ne serais-je plus enfermé bien longtemps dans leur conséquence. La mémoire de notre véritable nature est là, elle est reconnue.

Confiance !

(Les enseignements nomment "être pris dans la dualité" ce rêve de perfection qui consiste à vouloir seulement la lumière sans ombre, le bonheur sans malheur, le désir et l'amour sans la peur.

Les enseignements parlent aussi de moksha, libération définitive, union à l'absolu, au divin.)

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