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• Samādhi : extase ?

Extase est un mot du Français qui rend extraordinairement difficile l'approche du yoga. Il est généralement associé au samādhi du Sanskrit et cette traduction est la plus courante car samādhi est dans l’usage des textes antiques du yoga, un mot aussi important qu’extase l’est pour les cultures et langues occidentales.

Pour moi qui ne suis pas linguiste*, extase porte dans l'usage actuel, une "sortie de soi", un éclatement. Je vois bien qu’on tombe en extase un peu comme on s’éclate en boite de nuit. Il y aurait des états extatiques faits de grandes excitations suivies de catalepsies, du très spectaculaire. Alors j’ai toujours accueilli la traduction avec circonspection, ne voyant pas dans mon expérience le rapport entre les pratiques de yoga et s’éclater qui va dans le sens de la dispersion.

Samādhi est donné comme le but des pratiques mais ce but s'échappe lorsqu'on essaie de le saisir. Samādhi est une capacité particulière à accueillir entièrement un objet de connaissance, un être, voir même l’ensemble du monde. Une façon de s’établir en relation directe, de cœur à cœur, une façon immédiate d’intégrer, de comprendre. Rien là de spectaculaire, au contraire, apprendre est tout à fait ordinaire mais souvent trop mécanique pour que la connaissance soit vraie.

Nos ancêtres yogi ont donc pensé la nécessité d'apprendre à écouter le réel plutôt que de se remplir d'automatismes, de réflexes, de conditionnements liés à l'imaginaire. Il n'y a dans les enseignements à la racine du yoga aucun spectacle ni fantasme de type extatique ou orgasmique, il y a simplement le désir d'être au monde le plus simplement et entièrement possible.

Samādhi porte cependant de grandes attentes dans les traditions des Indes et son étymologie est riche : sam-ā-DHĀ (sam : ensemble, une totalité - ā : intensément - DHĀ : poser, placer). Il est question de "tout-rassembler", "tout-intégrer", un mouvement qui va vers le centre et que les enseignements montrent comme un accueil sans interférence du moi, une connaissance de cœur à cœur.

Les enseignements de yoga ont pour vertu de nous montrer comment affiner notre capacité d’écoute, notre sensibilité afin d’apprendre à accueillir sans déformer. C’est là tout le contraire d’un éclatement extatique qui favorise l’excitation et l'imaginaire au lieu du silence et de l’écoute.

Alors, jette-t-on extase à la poubelle yoguique ?

La langue des oiseaux montre un autre chemin : ex-stase peut aussi se voir comme une sortie de l’immobilité, la sortie d'une stase morbide, une remise en marche, une façon de re-joindre le mouvement de la vie. Et là, la couleur des enseignements du yoga reprend la teinte d’une joyeuse connivence avec le français.


* Un détour par Wikipédia confirme le sens profane du terme : « (du grec ἐκ, "en dehors", et ἵστημι , "se tenir" : "être en dehors de soi-même") désigne un état où l'individu se ressent comme "transporté hors de lui-même" caractérisé par un ravissement, une vision, une jouissance ou une joie extrême. L'extase peut être d'origine mystique ou survenir en d'autres circonstances. »

Et un détour par le Littré :
1) Terme de la vie mystique : Élévation extraordinaire de l'esprit, dans la contemplation des choses divines, qui détache une personne des objets sensibles jusqu'à rompre la communication de ses sens avec tout ce qui l'environne.
2) Par extension, vive admiration, volupté intime qui absorbe tout autre sentiment.
3) Terme de médecine : Affection du cerveau dans laquelle l'exaltation de certaines idées, absorbant l'attention, suspend les sensations, arrête les mouvements volontaires, et même ralentit quelquefois l'action vitale. L'extase diffère de la catalepsie, en ce que, dans la catalepsie, les fonctions intellectuelles sont complétement suspendues, tandis que dans l'extase elles sont seulement détournées.


Joachim
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