• Non-dualité

Non-dualité est un terme à la mode depuis longtemps, il laisse supposer que la dualité, c'est mal ou has-been. Qu'il serait mieux d'être non-duel que duel et la très interprétée philosophie de l'advaita-vedānta a le vent en poupe depuis le début du vingtième siècle sans que soit vue la scission malheureuse entre dualité et non-dualité. De là à penser que "penser est mal" et qu'il vaut mieux être seulement instinctif, positif et heureux plutôt que pensant, émotif et malheureux, il n'y a qu'un pas allègrement franchi !

(a-dvaita : non-double, veda-anta : fin des veda. Des termes sanskrit prompts à faire croire qu'il y a là transgression et amélioration des veda en une philosophie supérieure. Nous vivons à l'époque des slogans publicitaires et de la croissance qui rendent difficile à voir, ce qui demande présence et souplesse d'esprit).

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L’enseignement de la non-dualité est une profonde reconnaissance de la dualité. Le mot reconnaissance est important, il renvoie à l’expérience et à la mémoire. Comme si le monde entier était en mémoire, en écho à l’intérieur de chacun et qu’il était possible de le dé-couvrir. D'enlever les voiles qui séparent et voir, re-connaître ce qui de toute éternité est connu.

En vérité le Monde est duel, fait de dvandva que le sanskrit désigne comme couples d’opposés. Les êtres humains vivent dans la dualité. Pas d’expérience du froid sans expérience du chaud. Pas de bonheur sans appui sur la souffrance. Pas de libération sans expérience de l’enfermement. Pas de fusion sans séparation. Pas d’autonomie qui ne soit nourrie par une dépendance, ni d’amour sans peur de la perte.

Certains aimeraient vivre seulement une température clémente, seulement le bonheur, seulement la liberté, seulement l’unité, seulement l’autonomie, seulement l’amour… sans avoir à jamais expérimenter ni le froid, ni le chaud, ni la souffrance, ni l’enfermement, ni la séparation, ni la dépendance, ni la perte, ni la peur.

L’enseignement de la non-dualité consiste en expériences tout à fait ordinaires vécues à la lumière des dvandva, les couples d’opposés. L’expérience du trop froid et du trop chaud enseignent comment agir lorsque la température varie. L’expérience de la souffrance et du bonheur de perdre et rencontrer un ami, un amour enseigne comment aimer.

Intégrer, se laisser traverser et enseigner par la vie sans être victime des conditionnements qui refusent la richesse de l’expérience alors que de toute évidence, elle est présente.

Ne bien vouloir que le tiède, le bonheur, la liberté, l’unité, l’autonomie et l’amour c’est se condamner à souffrir lorsque autre chose que l’objet de son désir se présente. Agir ainsi c’est être pris dans une idée de ce qui est bon et de ce qui est mauvais alors que tout enseigne. Agir ainsi c’est se couper du monde, se couper de la dualité, c’est être pris dans un désir unique alors que le monde est riche de possibles, c’est confier son sort à la déception.

L’enseignement de la non-dualité montre par l’expérience que le mal, l’ombre, la souffrance n’existent pas alors que oui j’ai mal, il fait nuit et « on » me maltraite etc… Le changement de regard, la souplesse avec laquelle vous changez de point de vue pour être bourreau puis victime permet de voir comment les jeux de rôles se déploient. Une fois vu, le jeu s’effondre et vous n’êtes plus victime ni bourreau mais voyant !

L’enseignement de la non-dualité montre par l’expérience que les rôles sont interchangeables et que rien ne vous condamne à rester là où vous êtes ni à répéter inlassablement les mêmes scenarii. Il faut de la curiosité et du courage ou tout simplement reconnaître l’évidence que la vie vaut d’être pleinement vécue.

Alors il y a alliance fusion avec la source même de vie, il y a confiance et unité dès lors que la séparation est acceptée. Les p’tits humains que nous sommes sont séparés car in-dividus et de là même, une part de la divinité humaine.

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Joachim