Ākāśa आकाश ◦ Espace fertile

Yab-Yum : Pleine présence et engagement

Une photo trouvée sur Facebook m'a donné envie d'apporter un de point du vue complexe sur l'espace de mémoires partagées lors de nos relations sexuelles. Lisez bien le commentaire de l'image, c'est à cela que j'ai réagi. Ça vaut le coup d'explorer pour soi-même ce principe de perméabilité dans le sexe mais aussi dans toute autre relation. C'est chouette que la question émerge sur les réseaux sociaux, elle est importante mais je préfère parler de mémoires que d'énergies, c'est plus fidèle à la structure de l'individu.

Je pense à une amie qui vit de prostitution depuis de longues années, elle n'a que trente-deux ans et une capacité de transmutation des mémoires d'autrui hors du commun c'est sûr. Un pouvoir bien réel mais pas absolu, elle est tout de même teintée de ses multiples relations, ça se voit et elle le sait. Elle travaille à un certain équilibre, attentive à choisir ses clients et n'a jamais été dans la rue. C'est une très jolie fille plutôt réservée à qui tu donnerais le bon dieu sans confession. Elle a mis au point un jeu de domination pour se protéger, elle est la femelle dominante et ses clients s'y plient ou vont voir ailleurs. Mais que faire du jour où un inconnu la viole ? C'est arrivé deux fois dans le boulot, ça lui a demandé un gros travail de transmutation, ce sont ses mots. Une guerrière pour qui j'ai le plus grand respect même si on ne vis pas sur la même planète, question sexualité.

Je te parle volontairement hors de ton expérience pour créer du contraste et peut-être aider à faire apparaître une image te concernant. Nous ne sommes égaux à aucun point de vue même si nous fonctionnons tous sur les mêmes schémas humains. Difficile de voir comment nous sommes influencés par nos rencontres et difficile de ne pas glisser dans des considérations un peu trop ésotériques sur ce sujet des "énergies" que je préfère nommer mémoires.

Comment se faire une idée à partir de son intimité et de la complexité émotionnelle de ses véritables relations amoureuses ? L'expérience du massage peut être très utile pour explorer la question, sa propre façon d'être avec le phénomène, dans le cadre sécurisé d'un stage de développement personnel.

J'aime bien l'expérience du massage dans un groupe mixte en parité hommes/femmes d'une vingtaine de personnes, c'est vraiment une excellente expérience. Tu es corporellement en situation de masser et d'être massé(e), indifféremment au contact de femmes et d'hommes. Indifféremment, n'est pas le bon mot, c'est justement là que se situe l'expérience et elle est riche ! Encore augmentée des réactions et témoignages des uns et des autres, histoire de bien situer la sensibilité qui t'es propre.

Le toucher avec un(e) inconnu(e) n'est absolument pas évident pour moi de prime abord, cette réticence se doit d'abord d'être respectée car elle a ses raisons. En clair j'ai pas envie d'être en contact charnel avec 90% de l'humanité, peut-être pas envie de me "mélanger" sans retenue avec le monde et c'est bien notre sujet mais l'expérience du massage permet quelques surprises.  

Première surprise, je peux faire appel à une ressource intérieure qui me place en stabilité de présence. Ni émetteur d'intention, ni récepteur volontaire, ni absent de l'action ; une simple présence qui est à l'écoute et engagée dans l'action. Sans cette ressource, déjà cultivée dans la pratique de méditation, j'aurais été contraint de flotter en dehors de mon propre corps pour acter le massage tout en étant dégoûté de la situation dans le fond. Il y a moyen d'être présent à un niveau d'attention sans être en pleine fusion exactement selon l'expérience de méditation.

Deuxième surprise, certaines personnes passent très bien dès la première seconde, le contact est fluide, agréable et ce ne sont pas forcément celles que j'aurais imaginées. Une variante de l'exercice consiste à tirer au sort les couples masseur/massé et à garder les yeux bandés pour ne pas être soumis à ses aprioris, encore plus intéressant.

Pour le sujet des impressions et mémoires latentes, j'ai bien vu que ce qui est vécu "en présence et transparence" ne laisse pas de goût particulier alors que ce qui est vécu dans des sentiments contradictoires, incertains, un esprit flottant hors du corps, laisse un goût amer qui se réactive à chaque rappel de la mémoire.

Bien sûr la sexualité est très impliquante et c'est souhaitable ! Une pleine relation sexuelle nous engage entièrement et laisse trace, comment en serait-il autrement ? Et que dire du niveau d'implication dans le plan subtil avec celle où celui qui est aussi parent de tes enfants ? Prise de conscience abyssale, agréable où désagréable mais vraiment fondamentale.

Les choses se compliquent avec les rapports sexuels flous, mollement ou pas désirés. Le mollement désiré, le pourquoi pas qui va de pair avec une absence laisse un espace corporel vide et ouvert à tous vents. Alors que l'engagement est du plein et de la présence.

Complexité

Les rapports de domination ne sauraient être absents même de la plus équilibrée relation sexuelle. Il y a la très visible prédation masculine et ses proies féminines. Il y aurait beaucoup à dire sur les multiples jeux sous-jacents à la grosse caricature du queutard et ses victimes. Il y a aussi la femme fatale en pendant symétrique, toute aussi caricaturale et qui mériterait d'être reconnues dans sa complexité.

Pour le sujet des mémoires et de la qualité d'engagement, il y a certaines femmes, un style féminin particulier qui multiplient les relations, accroc à la séduction mais pas vraiment engagée sexuellement. Situation éminemment dangereuse qui génère le plus, en nombre de ces rapports mollement désirés et actés dans un espace corporel désinvesti.

Symétriquement chez les hommes, il y a ce queutard qui pratiquerait à répétition l'absence du corps par soucis technique de retarder l'éjaculation, une catastrophe énergétique pour les deux. Cet homme là a tendance à "envoyer" dans la relation le lieux d'où il pense et pour peu que sa partenaire soit ailleurs aussi, ça fait un bon gloubiboulga.

Enseignements

Toute l'intelligence montrée par les enseignements de yoga vaut bien sûr aussi sur le plan de la sexualité. Les sages yogis enseignent le vivant et la sexualité y est centrale ! Inutile de le répéter constamment, l'énergie vitale se déploie particulièrement par le biais du sexe mais c'est la simple énergie vitale, il n'y a pas une autre énergie qui serait sexuelle.

Ce pourquoi il n'y a pas d'enseignement techniques sur comment faire l'amour dans les traditions de yoga. Ils seraient redondants avec ceux qui expliquent techniquement comment méditer... et ils n'existent que très peu. Nous sommes vraiment condamnés à l'intelligence et c'est réjouissant.

Blague à part, les qualités d'écoute et de présence cultivées dans de bonnes pratiques de méditation sont exactement celles qui permettent... écoute et présence dans la sexualité et même écoute et présence au bureau.

Évidement attentif au monde, tu te retrouves au bon endroit et avec les bonnes personnes, que ce soit pour boire un café ou passer la nuit... passer la nuit... va savoir ce qui a lieu dans le plan subtil alors que nous dormons ensemble ? Sinon, perché hors de ton corps à planer dans des histoires trop théoriques, tu te retrouves aussi au bon endroit et avec les bonnes personnes... celles qui te donneront l'occasion de bien travailler la présence. A bon entendeur !

Yab-yum

Yab-yum est une drôle de pratique qui permet de s'aligner mutuellement. Pas si facile de bien s'asseoir, surtout pour l'homme. C'est une assise silencieuse, la colonne vertébrale verticale et les ventres en contact. Comme pour toute pratique de méditation, la question est tout simplement d'être là sans fabriquer quoi que ce soit.

Pas si facile de trouver comment ne pas aller vers l'excitation sans pour autant se barrer ailleurs. Avec un peu de pratique, tu verras que finalement, habillé ou nu importe peu. L'essentiel est d'être corporellement ensemble sans attente particulière et en présence.

Pas spécialement folichon sur le moment mais qui apprends à être ensemble pour de bon dans la durée (entre 20 mn et 1 h). Exactement la qualité d'être ensemble qui saura être retrouvée dans le coït, hors de l'excitation et dans la profondeur. Le rapport sexuel est un moment privilégié qui puisse permettre de toucher notre part divine !


Joachim
+33 6 09 02 59 48
joachim.vallet@gmail.com

Éveil spirituel ?

Une grande peur suivie d'un relâchement et un effondrement a lieu en soi. Une sensation de fusion au delà de l’orgasme, encore cet effondrement de la matière tendue, magie de la sexualité sans échappée. Une grande légèreté au centre de la poitrine ressentie dans une pose ou peut-être à la fin d'une longue marche. Une assise qui se déploie dans la contemplation. Ces moments fugitifs sont corporellement ressentis et se prolongent un temps plus ou moins long après la conjonction.

J'ai rencontré ces dernières années une bonne dizaine de personnes disant avoir vécu un éveil spirituel, ce sont les mots utilisés par certains pour décrire une expérience ordinaire et rare. Des témoignages sans prétention, de s'être senti à la fois comme dissolu et pleinement présent. Avec cette sensation d'espace infini dans le cœur et la très puissante conscience d'être relié à tout, voire d'être tout !

Des personnes "normales", loin de paraître illuminées mais suffisamment intriguées par leur expérience pour rechercher des explications, interroger le phénomène vécu. En filigrane, toujours perceptible, cette déception d'être revenu à la normale et une demande plus ou moins explicite : "comment retrouver cet état merveilleux ?"

Croyance

Une belle expérience a été vécue et une croyance très commune voudrait qu'un état de bonheur permanent y succède.

Le versant populaire des grandes religions promeuvent depuis longtemps des histoires de saints, qui sembleraient vivre une extase perpétuelle à partir d'un moment paroxystique, de révélation. Des êtres aux qualités surnaturelles, qui auraient vaincu l'omniprésente souffrance. Béatitude, éveil spirituel, extase, enstase ou félicité, les qualificatifs ne manquent pas.

Dormir et s'éveiller

Cette libération définitive de la condition humaine, des conditionnements cognitifs, politiques, religieux et économiques, je ne suis pas en mesure de pouvoir en témoigner et ceux que j'ai rencontré non plus. Vivant subjectivement, le champ mental traversé de mémoires qui s'activent en fonction de ce qui advient. L'égo qui s'étend comme une trame infinie faite de ces traces dont beaucoup ne m'appartiennent même pas. Je suis un dormeur relatif dont le rêve éveillé parfois s'effondre pour laisser place à un océan sans fond, vide d'objets et riche de tous les possibles.

Il est très important de repérer en soi cet état divin qui s'exprime de façon fugitive. Il est naturel que cette porte s'entrouvre, c'est tout simplement notre véritable nature qui se révèle. Infinie et infiniment disponible, ce qui est le plus impressionnant alors que nous sommes constamment en rapport à des limites. L'expérience n'a rien de surnaturel sinon qu'elle est rare, alors que nous sommes pris sans interstice dans le flux d'une vie mondaine qui coule avec la puissance du fleuve.

Cet état entrevu est notre qualité d'être la plus profonde et vraie, c'est un merveilleux cadeau que cette expérience laisse en mémoire, la réalité de l'être. Le cœur est désormais connu, la teinte générale de la vie en est modifiée. Je sais que je ne suis pas seulement moi !

L'expérience jubilatoire de se sentir entièrement libre n'a pas besoin d'être vécue et re-vécue et encore vécue. Vouloir obtenir plus, c'est refermer la porte avec la force de l'ignorance.

Il y aura encore des accidents et de la douleur mais peut-être ne serais-je plus enfermé bien longtemps dans leur conséquence. La mémoire de notre véritable nature est là, elle est reconnue.

Confiance !

(Les enseignements nomment "être pris dans la dualité" ce rêve de perfection qui consiste à vouloir seulement la lumière sans ombre, le bonheur sans malheur, le désir et l'amour sans la peur.

Les enseignements parlent aussi de moksha, libération définitive, union à l'absolu, au divin.)


Joachim
+33 6 09 02 59 48
joachim.vallet@gmail.com

Quel est ton style de yoga ?

Le planning de tous les studios de yoga des villes occidentales est identique. Comme le menu de tous les restaurants indiens l'est aussi, un mélange (masala) d'Hindi et de global-english qui cache une bouffe industrielle sans vie ni produits frais. Tristement absurde alors que l'Inde, dans d'autres sphères, a élevé l'alimentation au niveau de science médicale.

Sur le planning du studio, tu peux choisir des yoga dynamiques, comme s'il pouvait exister une pratique statique, sans mouvement respiratoire. Première césure et manipulation langagière qui témoigne de la segmentation de marché imaginée aux USA dans les années 90.

Le marketing exige des modèles de bagnole différents pour séduire les jeunes, les vieux, les femmes, les hommes, les énergiques, les apathiques, les urbains et les aventuriers. On a imaginé outre atlantique des gymnastiques pour séduire les mêmes cibles marketing avec en constante, cette plus-value spirituelle que laisse supposer le mot yoga.

Et voilà, hésitation entre power-yoga, ashtanga, vinyasa, yin, hatha, hatha-flow et j'en passe. Des gymnastiques plus ou moins douces ou toniques, le principe étant qu'il y ait un produit pour chaque cible et qu'on soit toujours diverti par du nouveau.

En deçà de ces aspects formels, une psychologie positive sans rapport aux enseignements de yoga accompagne idéologiquement les adeptes de ce globish-yoga. Psychologie positive également importée d'outre-Atlantique et qui structure depuis plus quarante ans le management d'entreprise. Ainsi, du bureau au studio, du travail aux loisirs, en passant par la télévision et les journaux, l'employé n’entend qu’un seul discours aussi sécurisant que source d'inconscientes angoisses.

Il y est question d'évoluer, de s'améliorer, étant sous-entendu que quelque chose en soi ne convient pas à la vie terrestre. Et en même temps, il n'est question que de valeurs positives. Prendre soin de soi, s'écouter, savoir évaluer ses besoins et les placer en priorité. Gérer son stress, gérer ses émotions, gérer son alimentation, sa santé, ses rencontres sentimentales et son temps libre. Bref trouver équanimité et bonheur dans la gestion, sans pensées négatives et avec bienveillance, ça va de soi. Bon courage pour réussir un programme égocentrique à ce point. Moi-moi-moi toujours moi, rien que moi, signe de temps individualistes et d'isolement.

Yoga est-il cet objet de consommation à la mode, au carrefour de la gymnastique de santé, de la spiritualité new-âge et peut-être un jour de la religion universelle, rêvée par les chantres de la mondialisation ? Bien sûr que non !


Yoga en langue Sanskrite

Considères Yoga comme un verbe avec son participe-passé plutôt que comme un nom commun ! Il sera désormais impossible de dire "le yoga", "le yoga est ceci ou cela", "le bidule-yoga", "le yoga de machin" ou "mon yoga", autant de lieux communs qui désignent des objets.

Yoga : « joindre/joint, unir/unis/union, mise au repos » en Sanskrit.

Les enseignements de yoga (d'union) montrent comment l'humain se joint à "ce qui soutient" le monde : dharma. Une façon habile de montrer le chemin de l'unité, de la relation au divin en passant par l'expérience de la parfaite horlogerie qui soutient la nature mais qui n'est pas la nature.

Le mot dharma (ce qui soutient) ou plutôt ce qu'il désigne doit-être vu et pleinement intégré ! La nature dont nous faisons partie est naturante, en perpétuels mouvements qui semblent désordonnés, elle est imparfaite et duelle. Lieu de désir et de peur, de souffrance et de joie, d'orage et d'arc en ciel, d'espoirs et et de catastrophes. L'expérience de vivre dans le plan manifesté de la nature est chaotique, c'est ainsi.

Mais une observation plus poussée du monde révèle une horlogerie sous-jacente et divine, de mouvements parfaits, régis par des lois fiables et stables, à l'image de ce que laisse voir l'astronomie, la danse ordonnée du cosmos : dharma

Dharma : « Ce qui soutient, loi, éthique »

Tu vois ? La curiosité est une merveilleuse qualité qui permet de passer derrière le miroir des apparences. Les yogin sont comme Alice, animés du désir de connaître le monde pour de bon et souvent avec la même candeur déterminée. Scientifiques avant l'heure, ce sont des explorateurs, des expérimentateurs, les aventuriers d'un ardent désir de voir !


Tradition

Traditionnellement et peut-être un peu trop idéalement, les métiers d'officiant du rituel, d'astrologue, de médecin, d'architecte, de gouvernement du royaume en duo avec les guerriers, requièrent ces qualités visionnaires cultivées dans la pleine expérience du monde.

Ce pourquoi les "porteurs de parole" (brahmin) sont élevés expérientiellement et souvent à la dure. De longs pèlerinages à vivre de mendicité pour apprendre l'humanité. De longues retraites d'études et de contemplation en montagne ou en forêt. L'exercice du silence, de scansion des paroles de la magie rituelle et d'apprentissage à bien être et bien dire afin d'être à l'écoute et entendu. Voilà l'essentiel des pratiques ancestrales, un travail d'extrême rigueur sur le verbe et le son à partir du silence et du Sanskrit, la langue par-faite (saṃ-skṛtam) des rites magiques et de l'enseignement.

Ce cadre traditionnel n'est pas en opposition au désir d'Alice dont je serais porteur. Le désir de voir simplement et d'être simplement, en sont même l'essence, sinon gare aux voies de perdition du pouvoir en frustration. La connaissance véritable n'est pas une affaire de caste et de mondanités, le voyant se tient au cœur de chacun.

Les enseignements de yoga ont beau sembler ésotériques, ils sont en réalité accessibles à qui le désire. Il suffit de demander d'une voix claire, témoin de cette véritable volonté de se joindre à l'éthique ! Un sésame valable de tout temps et qui transmute ce qui semblait hermétique en clarté.


Histoire

Quel rapport avec les exercices corporels de yoga à la mode en occident depuis la deuxième partie du 20e siècle ? À priori la relation est ténue mais pourrait se déployer à la lumière des enseignements ancestraux.

Une salle de classe avec ses tapis de plastique disposés au cordeau en lignes et colonnes. Avec ses exercices gymniques stéréotypés en Californie dans les années 90 n'a à priori pas de rapport à notre sujet. Il serait même mieux fondé de s'inscrire au conservatoire et d'apprendre le chant ou un instrument de musique pour approcher l'harmonie (dharma). C'est ce que me conseilla un maître de musique hindoustani rencontré il y a vingt ans. Je n'ai pas suivi son conseil mais ses paroles ont profondément modifié ce que je croyais et voyais.

Les natha-yogin du 16e siècle, dans une quête absolue de divin, ont inventé les moyens d'un très puissant engagement qui puisse permettre l'effondrement de notre structure égotique. Un effondrement ou une érosion selon le degré d'engagement dans des exercices corporels vus comme moyens de modifier la respiration et la circulation des souffles.

Ces yogi-nath tantriques étaient des va nus pieds souvent issus de castes inferieures, plus proches du punk à chien que du parfait commercial et qui feraient certainement horreur à bien des bobos fan de fitness-yoga.

Les formes posturales consignées dans la Haṭhayogapradīpikā ou la gheraṇḍasaṁhitā, des textes témoins de ces pratiques des 16e ou 17e siècle, sont des moyens radicaux de transformation. Mais les mêmes contorsions, vides de leur intelligence de yoga, pourraient être prétextes à ingérer l'idéologie consumériste du néo-capitalisme. Tout est question de mesure de l'engagement et de la qualité de parole, de transmission orale, de compréhension d'une façon de faire et d'être.

Transpirer pour devenir un bon petit soldat du capitalisme, obnubilé par l'image ou obsédé par une technicité paramédicale et ses bénéfices, oui j'entends constamment parler des bénéfices du yoga ! Ou à l’inverse, se poser seul en retraite mais soutenu par un enseignant qui transmet paroles, structures et moyens de voir enfin comment est le monde. Plonger au long cours dans ces enseignements comme on plonge dans la musique, accepter de se laisser enseigner par le principe de réalité. Des approches antinomiques qui pourraient être basées sur les mêmes formes corporelles apparentes. Ceci pour te faire sentir que tout est dans l'intention, le silence, la conscience et le choix des mots.


Gymnastique de santé & spiritualité

Au cours du 20e siècle, dans la sphère coloniale britannique de l'Inde, une gymnastique de santé fut inventée et promue auprès de l'aristocratie puis de la grande bourgeoisie. La gymnastique suédoise était déjà pratiquée dans ce milieu cosmopolite mêlant diplomates et businessmen aux aristocrates Indiens. La modernité occidentale y était partagée, palais et villas étaient électrifiés, on roulait en automobile et on dansait au son des gramophones.

Quelque brahmanes puisèrent avec génie dans le fond tantrique, dans ces exercices corporels de yogi-nath et créèrent une super-gymnastique Indienne et spirituelle de surcroît. Issue des austérités très dures réservées aux renonçants que sont les saṃnyāsin, ces va nu pieds chevelus, sortes de saints marginaux, sadhu respectés et craints pour leurs pouvoirs magiques, parfois sages et souvent fous.

Après la révolution socialiste de 1947, ces gymnastiques yoguiques furent promues hors de l'Inde. Des millions de brahmanes se trouvèrent démunis, coupés des ressources de l'impôt levé par l'aristocratie et fragilisés par la moindre rémunération des services rituels. Certains émigrèrent à l'ouest en créant le métier d'enseignant spirituel pour occidentaux.

Ces pionniers indiens ont fait autorité à l’ouest dans les années 60 à 80, laissant ensuite la place à une première génération de leurs élèves. Le marché et le jeu de la concurrence ont achevé le boulot de transformation de ces enseignements en produits de consommation souvent à l'insu de leurs initiateurs. Au point qu'aujourd'hui, ces objets de fitness-yoga soient réexportés en direction de classes moyennes Indiennes qui ignorent leur essence et leurs racines. À l'image de chrétiens occidentaux qui ont été au catéchisme, connaissent un certain folklore liturgique mais ignorent tout des racines chrétiennes. Le 21e siècle a uniformisé les classes moyennes de tous les continents.


Le champ des possibles

Le tableau n’est pas sombre, regarde les joyeuses couleurs des magazines qui vantent les vertus du yoga. Ne te laisse impressionner ni par la publicité ni par mon discours volontairement iconoclaste. Je tiens à te donner des informations divergentes qui puissent aider à voir dans la complexité. Affuter le sens du jugement est bien le point de départ de l’enseignement de yoga. A commencer par discerner jugement de condamnation, juger sans avoir besoin de condamner, conscient de ton incapacité à tout voir, clair avec ce qui est véritablement vu !

La question "quel est ton style de yoga" revient à regarder coment étudier ensemble, ce qui est à l’œuvre dans cette lecture. Impossible de répondre "J'enseigne le Cheese-nan-yoga® et le Masala-spicy-flow®", tu vois bien pourquoi ça aurait été ridicule. Blague à part, il est saugrenu de se réclamer d’une institution, d’une méthode, d’une secte ou alors dont acte ! Au risque de répéter une leçon apprise. Ceci dit, il est important d'aller voir à quoi ressemblent ces lieux, il y a évidement à y apprendre, même en creux. Et certains sont faits pour y tenir un rôle. 

Au cœur des enseignements de yoga, exactement au centre, il y a l’assise et le silence... la relâche de l'effort et une façon singulière de se laisser colorer par les rencontres sans se laisser déformer. L'assise et le silence peuvent-être pratiqués en condition de retraite mais pas forcement, il est bon d’avoir le temps d’apprendre tranquillement les bases de méditation. C’est très simple mais simple ne veut pas dire facile !

Tu as compris qu'une pratique gymnique n'est pas un moyen indispensables à l'éveil du regard. Mais pour moi, une pratique corporelle engagée et équilibrée est une excellente idée. Un préliminaire extrêmement précieux à la rencontre d'éléments qui auront une grande importance dans l'assise (āsana).

Lors de séances de pratique corporelle bien menée, nous apprenons des milliers de fois en répétition à permettre aux souffles de circuler librement alors que leur libre mouvement est obstrué par les aléas de la vie. Il y a un entraînement singulier qui concerne aussi bien la matière corporelle que les canaux subtils. Formellement, nous étudions mille façons de respirer en fonction de mille exercices à la fois différents et similaires.

Oui, en vérité il y a des fruits à tout ceci, comment pourrait-il ne pas y en avoir ? Mais les enseignements de yoga indiquent que la pratique est faite de répétition, dans le sens d'artistes en répétition, et de détachement des fruits de nos actes. Apprenons à nous engager pleinement et sans attente particulière, c'est ce qui permet aux fruits les plus divins d'apparaître.


Joachim
+33 6 09 02 59 48
joachim.vallet@gmail.com

Vers une saint yoga ?

Une Journée mondiale du Yoga promulguée par l'ONU s'impose progressivement les 21 juin, jour de solstice d'été. Une proposition initiée dès son élection en 2014 par le premier ministre Indien Narendra Modi et fortement soutenue à l'époque par Barack Obama, président des USA. Une curieuse idée force, certainement symbolique mais de quoi exactement ?

Solstice d'été & Saint-Jean

Le 21 juin est le jour le plus long de l'année en hémisphère nord, déjà célébré dans la préhistoire et dans l'antiquité. Les alignements de monolithes et les pyramides égyptiennes en témoignent par leur orientation. Partout sur la planète, on a déterminé les points cardinaux, directions sacrées en fonction du soleil. Solstice païen des fécondité, fructification, moissons, miracle de la vie qui s'exprime dans le végétal et le feu de l'été. Évidences cosmiques, pratiques et divines que le christianisme a perpétuées dans la Saint-Jean, ses feux de joie et ses danses, jusqu'au 20e siècle.

Laïcité républicaine et musique

Depuis 1982, une centaine de pays occidentaux ont surimposé à la Saint-Jean une fête de la musique républicaine, laïque et urbaine qui ignore la religion, l'astrologie et l'agriculture en ne célébrant que la musique. Une musique plutôt électrifiée qu'acoustique et qui favorise la passivité du spectateur plutôt que la danse. Mais bon, un événement populaire dans les rues des villes c'est déjà fort sympa.

Obama, Modi et l'ONU

Le 21 juin 2015, ma télé, ma radio et mon journal annoncent la première Journée Mondiale du Yoga proclamée par l'ONU sur la proposition de Modi et Obama ! A partir de septembre 2014, hop c'était ok pour juin 2015. Image des deux hommes se serrant la main comme lors d'une alliance politique, image de Modi à l'ONU qui n'aura jamais obtempéré aussi vite à une proposition.

Quid du solstice d'été, de la Saint-Jean et de la fête de la musique ? Il y avait ce côté chien lâché dans un jeu de quilles, un côté discourtois qui impose sa marque dans un lieu sacré, ces pléthoriques propositions devraient désormais cohabiter ou peut-être se livrer une concurrence.

Le spectacle fut déroutant, des milliers de tapis en plastique disposés au cordeau, en lignes et colonnes sous la tour Eiffel, remplissant la plus grande avenue de New-Delhi, et à San-Francisco, Los Angeles. Des dizaines de milliers de petits soldats du yoga-tonic dont je ne connaissais pas l'existence en tel nombre. Un air de grande messe maoïsme ou stalinienne en bien plus pauvrement chorégraphiée. À Delhi, Narendra Modi en survêtement blanc pratiquait à grande peine une gymnastique yogique en tête de milliers d'adeptes uniformément alignées.

Ces spectacles m'ont angoissé, les formes de l’événement n'ont qu'une relation superficielle avec  la nature des pratiques corporelles de yoga développées au cours du 20e siècle en Inde et en occident. Et aucun rapport du tout avec la philosophie ancestrale de l'Inde, la Parole brahmanique ou tantrique ou bouddhique. Une gym-yoga à l'américaine mondialement promue sous forme de spectacle de masse.

D'une certaine façon, heureusement que ceux, indiens et occidentaux, porteurs d'un enseignement authentique se soient tenus éloignés ! Mais une grande incompréhension tout de même pour moi qui ne voyais pas le rapport entre cet événement mondialement promu et les enjeux géostratégiques qui se jouaient entre le pays du dollar et le reste du monde. L’élection d’un néo-conservateur à la tête de l’Inde était un événement extrêmement important pour les équilibres mondiaux.


BRICS : Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud

Au début de la deuxième décennie du nouveau millénaire, le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud proclamaient le désir d'émanciper leurs échanges commerciaux du dollar.

Les BRICS ont fait trembler Wall-Street et Washington de peur en 2011, d'autant plus que de nombreux gouvernements de pays Européens, qui ont aussi à souffrir de la domination du dollar, regardaient l'alliance naissante comme un exemple. Pourquoi l'Euro ne pourrait-il pas, lui aussi devenir une monnaie d'échange internationale ? Même le Fond Monétaire International (FMI) en la voix de son directeur général Dominique Strauss-Kahn penchait en faveur d'un New deal de l'usage des monnaies dans les échanges internationaux.

C'est vrai, pourquoi ne pas payer nos achats de gaz Russe en Euro ? Les Russes auraient plein d'euros à dépenser dans l'achat de produits Européens. Génial ! En Inde, c'est cette logique vis à vis de la Chine voisine, de la Russie toute proche et du Brésil plus éloigné qui a initié le début des accords BRICS. En 2011, la suprématie du dollar sur l'économie mondiale, après que la crise de 2008 eut commencé aux USA avant de s'étendre à la planète, était logiquement remise en cause !

En Inde

En Inde, depuis la révolution de 1947, c'est un esprit socialiste qui anime la vie politique du sous-continent, même s'il y a alternance avec un conservatisme comme dans toutes les démocraties. Un conservatisme des puissances locales de l'industrie et de l'argent que le socialisme Indien n'a jamais voulu détruire. L'esprit de castes règne encore en Inde, tout comme dans les démocraties occidentales à y bien regarder. Je n'aurai rien à y redire si un équilibre intelligent était présent et que des passerelles d'ouverture véritables existaient entre les castes.

Entre 2004 et 2014, l'Inde était ouverte à la mondialisation, avec Manmohan Singh comme premier ministre. Un libéralisme de petits pas qui a fait dire en occident que l'Inde réussissait son émergence dans l'économie financiarisée. Mais un libéralisme modéré qui a permis aussi ce désir d'indépendance des BRICS. Avec Narendra Modi, à partir de 2014, l'Inde entrera en phase néo-conservateur pur et dur, se rapprochant des États-Unis et délaissant son implication dans le désir d’échanges internationaux hors du dollar.

Narendra Modi et la fin des BRICS

Les élections législatives Indiennes de 2014 ont été menées pour la première fois à l'américaine, à grand renfort de propagande publicitaire et médiatique. C'est vraiment le monde Indien de l'argent et de la finance qui a propulsé Narendra Modi. Ce nouveau premier ministre de l'Inde ne s'est pas rendu à Moscou, ni à Pékin, ni à Brasilia pour construire le futur des BRICS. Non, Narendra Modi s'est précipité à Washington pour plusieurs jours de travail avec Barack Obama !

Entre temps, Dominique Strauss-Kahn fut évincé du FMI par la police New-Yorkaise et le FBI en 2011, son procès pour viol n'eut jamais lieux, la plaignante ayant disparu de la scène médiatique aussi vite qu'elle était apparue.

Depuis l'accession au pouvoir de Modi, il n'a plus du tout été question de sortir des échanges en dollars ! Au contraire, sa gouvernance est marquée par une fulgurante avancée en Inde des Monsanto est autres chantres de la finance transnationale.

Je vous raconte les quelques enjeux géostratégiques des plus incontournables à propos de l'accession de Narendra Modi au pouvoir parce que c'est ce que j'attendais de la presse en 2014... mais non, ma télé me fit le coup de la Saint-Yoga avec Barack Obama et Modi à l'ONU.

Il fut reproché à Modi, dans la presse bien-pensante de gauche européenne, son nationalisme et les violences envers les musulmans. Mais rien à propos de la fin des accords monétaires des BRICS et aucune réflexion de fond sur la façon dont l'Inde est à nouveau colonisée par le biais de la finance et des banques. Qualifier de nationaliste, un premier ministre prompt à vendre son pays à des puissances étrangères est même particulièrement inapproprié... je suis resté frustré d'informations intelligentes.


Journée Mondiale du Yoga

Si cette journée mondiale du Yoga te semble quelque peu hors-sol le résumé ci-dessus en donne les raisons politiques profondes. Si cette journée mondiale du Yoga te semble être plus en rapport au divertissement et à l'enrôlement des masses dans le consumérisme, tu n'es pas fou, c'est effectivement le cas.

La forme vaguement néo-maoïste de départ en 2015, avec ses milliers de tapis alignés est maintenant abandonnée pour une forme plus médiatique, basique du côté consumériste de notre culture. Ce sont les magasins d'articles de sport, les studios de fitness-yoga et la presse qui servent de moteur à la journée mondiale du Yoga.

Attention, elle n'est pas tout à fait une journée mondiale de la pensée unique comme les autres car elle tient la particularité d'occuper la place très symbolique du solstice d'été et de la Saint-Jean !!!

Yoga religion du nouvel-âge ?

Il est certain que le "nouveau monde" néo-conservateur se cherche depuis longtemps une spiritualité de masse. C'est même là que tient la différence abyssale entre conservateurs et néo-conservateurs ! Les conservateurs sont en faveur de maintenir ou de retrouver les traditions religieuses et les positions de castes de leurs parents. Ça vaut pour tous les pays du monde ! Alors que le néo-conservatisme ferait bien table rase de tout passé pour inventer un nouvel-âge, un nouvel ordre mondial construit de toute pièce, en fonction de ses intérêts immédiats.

La perte de vitesse des anciennes religions au profit de l'équation "travail, endettement, consommation" a laissé un grand vide dans le cœur des êtres humains pris dans des vies quotidiennes aussi absorbantes que sans but collectif. Des êtres isolés, employés de bureau et salarimen, qualifiés de classe moyenne seraient le cœur de cible de cette religion du nouvel âge qui prends forme sous le mot yoga vidé de son sens et de son histoire.

Le yoga du nouvel-âge consisterait en une quête du bonheur à travers le corps et le refus des émotions négatives. Il y aurait un yoga de l'équanimité que rien ne viendrait déranger. Être en meilleure santé possible, jamais touché par l'adversité, jamais en colère contre quoi que ce soit. Le citoyen - employé - consommateur idéal serait toujours obéissant, toujours positif et toujours souriant comme dans "Le meilleur des mondes" d'Aldous Huxley.

La sociologue Israélienne Eva Illouz montre dans "Les marchandises émotionnelles" et dans "Happycratie" comment la création de buts inatteignables, tant au niveau de la tâche salariée qu'au niveau de la quête de bonheur individuel, rends le citoyen prisonnier d'injonctions paradoxales et culpabilisantes.

Des stratégies de management qui visent à paralyser l'autonomie de l'individu, exactement à l'inverse de la démarche ancestrale de yoga qui vise la clairvoyance de l'individu ! Clairvoyance qui se cultive par la conscience d'être une part intelligente et divine d'un tout intelligent et divin.


Yoga

Dans le regard que pose la science ancestrale de yoga. L'Homme tient une place paradoxale, il y est malhabile de condition alors que d'essence divine. Le jeu de Yoga consiste à se joindre à l'aspect divin qui soutient à la fois nos cœurs et le monde.

Une démarche quasiment inverse de celle qui consisterait à acquérir des pouvoirs ou une condition particulière. Le seul pouvoir qui soit valorisé dans la quête essentielle de yoga est la clairvoyance qui naît de sens de discernement cultivés par les pratiques.

La langue sanskrite

Cette science de Yoga a une histoire de 3 500 ans très intéressante à étudier. L'occasion de se rendre compte que les moyens de clairvoyance et de jeu avec le divin nous sont très proches. Comme dans les traditions occidentales, le champ couvert par l'étude ne se limite pas au corps du tout. Ce serait plutôt la parole qui serait centrale. Il y a une Parole entendue par d'antiques sage et une façon de s'y joindre, des pratiques pour s'approcher de la parole parfaite et du son parfait.

C'est au travers de la langue sanskrite (littéralement : par-faite) que le plus important de ces enseignements se pratiquent et se transmettent depuis 3 500 ans. Une langue qui est en elle-même un moyen d'éroder nos comportements et croyances trop conditionnés.

Pratiques corporelles

Les pratiques corporelles qui ont servi de matière première à l'élaboration des "cours de yoga" actuels viennent des 14e - 16e siècle et de sectes très minoritaires de renonçants, de pèlerins va nu pieds qui feraient horreur à la bourgeoisie-bohème fan de fitness-yoga. Les conditions d'engagement et de maîtrise respiratoire très fortes qui font l'intérêt de ces pratiques restent très peu connues et pratiquées malgré tout le battage autour "du" yoga.

Oui, il y a une très grande exigence dans les traditions de yoga, peut-être même un côté élitiste, mais un élitisme bizarre qui s'exprime dans l'émancipation de l'humain et en marge de la vie mondaine. En tout cas, il est absolument certain que les pratiques issues de ces traditions ne sauraient être vrillées en un nouvel opium du peuple sans y perdre leur âme et tant mieux !


Joachim
+33 6 09 02 59 48
joachim.vallet@gmail.com